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Dans le cadre de la série "l'été, c'est l'enfer", Anne Archet présente ses lectures érotiques. Une série originale, palpitante et torride, en trente épisodes... Voir aussi les collections enfer et livre.

Les petits secrets de Kafka

Posté par Mon Missionnaire le 08.08.08 à 11:56 | tags : curiosa, livre érotique, porno
On connaît de lui ses romans inachevés et une nouvelle qui pourrait à elle seule résumer toute son oeuvre. Avec La Métamorphose, Le Procès ou Le Château, Kafka est entré dans le panthéon des grands auteurs sans même le savoir. Au point même de susciter l'admiration et de faire naître une icône de la littérature entourée des meilleurs éloges. Mais voilà : même les plus grands génies restent des hommes.

C'est ce que James Hawes s'évertue à démontrer dans un livre à paraître ce mois-ci. Excavating Kafka, le résultat de la découverte, à la British Library de Londres et la Bodleian Library d'Oxford, d'archives restées secrètes jusqu'ici."Ce ne sont pas des cartes postales coquines obtenues à la plage. C'est du porno, purement et simplement. Une partie même assez sombre, avec des animaux en pleine fellation ou des scènes entre femmes...C'est assez désagréable."

Ouch. L'un des auteurs les plus étudiés par les doctorants avec Shakespeare, et pourtant, personne ne s'était penché jusqu'alors sur ce que Kafka se plaisait à cacher. Etrange, tant ces images peuvent être révélatrices d'un auteur à l'image torturée et solitaire. Elles peuvent aussi permettre de relire ses oeuvres et y découvrir l'érotisme entre les lignes. En tout cas, ces images sont là pour rappeler que Kafka, contrairement à la légende, n'était pas un saint et que, comme tout le monde, il avait ses petits loisirs personnels.



L'été, c'est l'enfer : les lectures érotiques d'Anne Archet

Posté par Mademoiselle le 08.07.06 à 18:06 | tags : curiosa, eros, érotique, livre érotique
Anne Archet s’est évertuée à nous présenter 30 oeuvres à ne manquer sous aucun prétexte dans la littérature érotique. Vous n’avez pas eu l’occasion de les découvrir? Alors voilà un petit sommaire pour ne pas s’y perdre.

Prologue
Le général Dourakine de la comtesse de Ségur
Les Chansons secrètes de Bilitis de Pierre Louÿs
Opus Pistorum d'Henry Miller
La liberté ou l'amour ! de Robert Desnos
Correspondance d'Héloïse et Abélard
Les Mémoires du Baron Jacques. Lubricités infernales de la noblesse décadente par Docteur A. S. Lagail d'Alphonse Gallais
Femmes suivi de Hombres de Paul Verlaine
Dictionnaire érotique modernes d'Alfred Delvau (réponses)
Les Mémoires d'une chanteuse allemande de Guillaume Apollinaire et Blaise Cendrars (traduction)
La philosophie dans le boudoir ou les Instituteurs immoraux du Marquis de Sade
L'anglais décrit dans le château fermé de Pierre Motion
Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation de Pierre Louÿs
Chansons galantes de Pierre-Jean Béranger
Emmanuelle : la leçon d'homme et Emmanuelle : L'Anti-vierge d'Emmanuelle Arsan
Thérèse philosophe, ou Mémoires pour servir a l’histoire du P. Dirrag et de Mlle Eradice d'Anonyme
Les Onze mille verges ou les amours d'un Hospodar de Guillaume Apollinaire
Le con d’Irène de Louis Aragon
Prose & poésie, œuvre complète de Joyce Mansour
Les Caprices du sexe, ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B... de Renée Dunan
Vénus Erotica d'Anaïs Nin
Tirésias de Marcel Jouhandeau
Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisirs de John Cleland
La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs d'Abou-Abdallah Mouhammad al-Nafzâwî
Les Oeuvres complètes de Sally Mara de Raymond Queneau
Poésies complètes de Giorgio Baffo
Les nuits chaudes du Cap français ou le journal d’une femme créole de Georges Grassal
Gamiani ou Deux nuits d’excès d'Alfred de Musset
Histoire de l’œil de Georges Bataille
La mécanique des femmes de Louis Calaferte
Epilogue

A découvrir ou à relire.



L’été c’est l’enfer – Épilogue

Posté par Anne Archet le 30.06.06 à 05:23 | tags : curiosa
Quelques considérations, comme ça, avant de vous quitter.

1. Devoir se borner à choisir seulement trente œuvres fut un exercice cruel et frustrant. J’aurais tant voulu vous parler de Restif de la Bretonne, à qui après tout l’on doit l’introduction du mot « pornographie » dans la langue française. Je n’ai même pas abordé des œuvres majeures comme Histoire d’O ou L’amant de Lady Chatterly. Et j’ai dû passer sous silence les livres de Régine Desforges, d’Alina Reyes, de Pierre Mac Orlan, de Françoise Rey, de Sacher Masoch, de René Depestres, sans compter la plupart des œuvres majeures de Sade et de Louÿs... la vie est trop injuste.

2. Quel avenir pour la littérature érotique ? Le genre ne risque-t-il pas de devenir obsolète avec la disparition de la censure et l’envahissement graduel de la sexualité dans tous les média de l’occident blasé ? Quelle est sa pertinence dans un monde hypersexualisé, où les vedettes porno deviennent des vedettes tout court, où le spectacle du sexe est devenu aussi banal qu’une publicité de détergent à vaisselle ?

La littérature érotique restera pertinente et nécessaire dans la mesure où elle saura conserver son pouvoir de scandale, dans la mesure où elle restera transgressive. La pornographie, si on la définit comme la représentation de la sexualité, ne peut être « briseuse de chaînes », comme le disait Miller, qu’à condition de se libérer de son statut de marchandise. Le capitalisme n’a jamais été ébranlé par l’exploitation et la vente des corps – sous le nom d’esclavage ou de salariat, il s’agit même d’un de ses piliers. Par contre, lorsque la pornographie se débarrasse de ses tentations marchandes, elle devient érotisme et porte toujours en elle la marque d’une transgression, qu’elle soit farce provocatrice ou violence délibérée. Quand ce n’est pas un essai de rédemption par le bas, le sale, l’in-montrable et l’innommable.

3. Voilà pourquoi les œuvres érotiques sont aujourd’hui, malgré le déluge ininterrompu de sexe spectaculaire et marchand, probablement aussi peu nombreuses qu’au début du siècle. Les œuvres qui démystifient l’ordre en le montrant sous son vrai jour, qui créent un climat de liberté vertigineuse propice à l’établissement d’un monde de rapports nouveaux et inédits, bref, les œuvres créatrices de nouvelles valeurs, faisant véritablement acte de transgression, restent rares dans une société si habile à récupérer tous les actes culturels de rébellion.

4. Je remercie sincèrement et j’embrasse tendrement Maïa et Mambo Miam Mian de m’avoir si gentiment permis d’envahir SL&G pendant ces longues semaines. Ils sont si chou tous les deux qu’on aurait envie de leur faire des gamineries tout partout.

5. En ce qui me concerne, je vous fais la bise et je cours enfiler mon maillot : j’ai tout plein de livres aussi horribles que cochons à lire à la plage !




Louis Calaferte (L’été c’est l’enfer 30/30)

Posté par Anne Archet le 28.06.06 à 20:57 | tags : curiosa, enfer, livre érotique
Louis Calaferte, La mécanique des femmes, Paris : Gallimard, 1992.

La mécanique des femmes occupe dans l’œuvre de Calaferte une place aussi forte que Septentrion qui a fait sa La mécanique des femmesrenommée... et qui a failli faire l’objet de ce dernier billet.  Composée d’une suite de scènes, de constats presque cliniques, cette œuvre relate le comportement brut de certaines femmes dans l’acte sexuel. Il s’agit en quelque sorte d’une exploration masculine de la sexualité féminine, basée sur des souvenirs intimes et crus remontant dans certains cas jusqu’à la petite enfance. Ce faisant, Calaferte tente de s’expliquer le spécifique du sexe et du genre à partir de sa mécanique propre, telle qu’elle fonctionne, qu’elle ressent, qu’elle désire :

« Parfois, dans la rue, ou ailleurs, j’ai envie de m’effondrer en larmes tant le regard des yeux sur moi me blesse. Il y a de la haine de la part des hommes et des femmes et, de la part de certains hommes, le désir de m’avilir par leur sexe. »

Cette exploration intime est rendue dans un style vif, concis, voire elliptique, ce qui dénude ce constat émotif de tout l’enrobage sentimental et les fioritures fictionnelles qu’on retrouve généralement dans ce genre d’exercice. Car l’auteur explore ici un  rapport particulier à l’écriture ; chaque mot est pesé et travaillé dans une langue à la vivacité tranchante comme un scalpel. A la fois acide, poétique et mystique, sa force multiple et complexe ne peut que passionner ou déranger :

« Regard trouble d'innocence.

 – Depuis hier, J'ai une nouvelle bite. »

Mais j’y pense... Calaferte aurait été un merveilleux blogueur ! Les textes de La mécanique des femmes ont toutes les qualités qu’on recherche dans l’écriture en ligne : ils sont courts, précis, évocateurs et puissants. Une quarantaine de mots lui suffisent pour planter le décor, camper les personnages et donner le ton :

« Le corps ouvert dans l’abandon, une noyade.

– Baise-moi ! Baise-moi ! Mon mari est un raté !

Rire fou.

– C’est comme si tu le baisais, ce con !

Les bras durs autour des reins, liens de fer.

– Fous-moi, pine-moi, que ça le démolisse, ce minable ! »

Ou encore :

« – L’hiver, c’est la mort.

Ses yeux noirs assoupis. Elle serre son corps entre ses bras.

– Je ne veux pas voir le monde. Je veux des chambres closes, chaudes.

Figée.

– Fais-moi l’amour, que je ressuscite. »

Quel dommage que la mort de Calaferte, en 1994, nous ait privé de www.louis-calaferte.net : il aurait régné sans partage sur la blogosphère... !




Georges Bataille (L’été c’est l’enfer 29/30)

Posté par Anne Archet le 28.06.06 à 05:52 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Georges Bataille, Histoire de l’œil. Paris : Jean-Jacques Pauvert, 1967 (1928)

L’Occident est malade.

Alors que la vie devrait être une aventure risquée face à la mort, l’occidental, terrorisé face à la violence, n’aspire qu’à la protection, à la sécurité. Alors que la sexualité devrait être vécue comme le lieu Histoire de l'oeild’éclatement et d’épuisement où flamboie l’immanence absolue consumant dans l’instant l’individu séparé, brouillant les limites qui faisaient la distinction entre la vie et la mort, elle est plutôt vécue sur le mode de la bagatelle masquant mal une honte profonde d’être ce que l’on est. L’Occident a oublié que l’être est passion d’être dans la violence, l’érotisme et le sacré. Si l’on veut ne pas périr d’asphyxie, il faut puiser dans les énergies maudites de l’excès. Et cette transgression passe par l’érotisme, pure dépense d’énergie vécue de façon gratuite, moment où l’individu vit follement pour rien, sinon pour jouir de façon souveraine de tout, hors des impératifs de la conservation de soi, des lois sociales du travail et de la raison.

Voilà l’essence du message de l’Histoire de l’œil de Georges Bataille.

Toute l’histoire se joue entre quatre termes : le lait, l’urine, les œufs et les yeux, dont les relations sont jouées par trois personnages : le narrateur, l’innocente Marcelle et la perverse Simone. L’écriture coule comme le lait et le foutre, qui ne sont qu’un seul et même liquide, comme la pisse de Simone et de Marcelle quand elles jouissent ; les yeux sont bien plus l’organe du plaisir que le sexe, car ils voient cette coulée ; le sexe se fait jouir avec des œufs qu’on crève, qu’on lape ; les yeux sont analogues phonétiquement et morphologiquement aux oeufs, mais aussi par leur ressemblance aux testicules, comme les protagonistes du roman l’expérimentent en Espagne, après avoir tué puis éborgné un prêtre :

« À la fin, Simone me quitta, prit l’œil des mains de Sir Edmond et l’introduisit dans sa chair. Elle m’attira à ce moment, embrasse l’intérieur de ma bouche avec tant de feu que l’orgasme me vint : je crachai mon foutre dans sa fourrure.

Me levant, j’écartai les cuisses de Simone : elle gisait étendue sur le côté ; je me trouvai alors en face de ce que – j’imagine – j’attendais depuis toujours – comme une guillotine attend la tête à trancher. Mes yeux, me semblait-il, étaient érectiles à force d’horreur ; je vis, dans la vulve velue de Simone, l’œil bleu pâle de Marcelle me regarder en pleurant des larmes d’urine. Des traînées de foutre dans le poil fumant achevaient de donner à cette vision un caractère de tristesse douloureuse. Je maintenais les cuisses de Simone ouvertes : l’urine brûlante ruisselait sous l’œil sur la cuisse la plus basse… »

D’une obscénité paroxysmique, d’un sacrilège consommé, l’Histoire de l’œil est une lecture qui ne peut laisser indemne. À manipuler à vos risques et périls...




Alfred de Musset (L’été c’est l’enfer 28/30)

Posté par Anne Archet le 26.06.06 à 22:31 | tags : curiosa, enfer, livre érotique
Alfred de Musset, Gamiani ou Deux nuits d’excès, 1833.

Je pouvais difficilement terminer cette série sans vous parler de Gamiani. Le romantisme a produit beaucoup de mièvreries sentimentales et peu d’ouvrages érotiques ; il faut dire que le puritanisme et la censure de la Restauration ne favorisait guère les épanchements libertins. Cela n’a toutefois pas empêché Gamiani ou deux nuits d'excès, de devenir l’ouvrage licencieux le plus lu et le plus souvent réimprimé de tout de xixe siècle. Louis Perceau, en 1930, en recensait déjà une quarantaine d’éditions, sans compter les traductions.

Longtemps remise en cause, l’attribution de ce bouquin à Alfred de Musset ne fait aujourd’hui plus de doute. L’anecdote raconte qu’en 1833, alors qu’il écrivait Les Caprices de Marianne, Musset aurait fait la gageure de produire en trois jours un ouvrage pornographique à l’excès sans jamais faire usage du moindre mot grossier. La vie de débauches et l’esprit aristocratique de l’auteur, son aventure avec George Sand, ainsi que des événements contemporains comme la mort dramatique de la Malibran, la célébrissime cantatrice, ont certainement inspiré l'histoire obscène et mortifère de la comtesse Gamiani et des jeunes Fanny et Alcide.

La première des deux nuits d’excès est celle où Gamiani initie la jeune Fanny au sIllustration de Suzanne Ballivetaphisme. Alcide, le narrateur, d’abord caché pour percer le secret de Gamiani, finit par se jeter dans la mêlée. Leur nuit de débauche est entrecoupée des aveux biographiques des trois personnages, qui permettent aux corps de se reposer, mais en même temps reconstituent, par les descriptions exaltées des expériences fondatrices, les forces pour une nouvelle série d’assauts. Gamiani reste alors la maîtresse du jeu, la plus perverse, la seule que le désir ravage, rend littéralement folle, et que ne peuvent satisfaire que les plus terribles excès, dont la flagellation et la zoophilie :

« Oui, ma chère, un âne. Nous en avions deux bien dressés, bien dociles. Nous ne voulions le céder en rien aux dames romaines qui s'en servaient dans leurs saturnales.

La première fois que je fus mise à l'épreuve, j'étais dans le délire du vin, Je me précipitai violemment sur la sellette, défiant toutes les nonnes. L'âne fut à l'instant dressé devant moi, à l'aide d'une courroie. Son braquemard terrible, échauffé par les mains des sœurs, battait lourdement sur mon flanc. Je le pris à deux mains, je le plaçais à l'orifice, et, après un chatouillement de quelques secondes, je cherchai à l'introduire. Mes mouvements aidant, ainsi que mes doigts et une pommade dilatante, je fus bientôt maîtresse de cinq pouces au moins. Je voulus pousser encore, mais je manquai de force, je retombai. Il me semblait que ma peau se déchirait, que j'étais fendue, écartelée !


C'était une douleur sourde, étouffante, à laquelle se mêlait pourtant une irritation chaleureuse, titillante et sensuelle. La bête, remuant toujours, produisait un frottement si vigoureux, que toute ma charpente vertébrale était ébranlée. Mes canaux spermatiques s'ouvrirent et débordèrent. Ma cyprine brûlante tressaillit un instant dans mes reins. Oh ! quelle jouissance ! Je la sentais courir en jets de flammes et tomber goutte à goutte au fond de ma matrice. Tout en moi ruisselait d'amour. Je poussai un long cri d'énervement et je fus soulagée... »

Au cours de la seconde nuit, quelque temps plus tard, Alcide, toujours dans la position du voyeur impuissant – que cette fois-ci il ne quittera pas – assiste aux ébats enragés des deux femmes. Il écoute aussi la suite du récit de Gamiani, qui plonge encore plus loin dans la débauche et la damnation, et assiste impuissant à l’empoisonnement de Fanny par Gamiani, elle-même plongée à l’agonie. C’est le point culminant du récit où se mêlent la petite mort et la mort tout court :

« J'ai connu tous les excès des sens, comprends donc, fou ! Il me restait à savoir si, dans la torture du poison, si, dans l'agonie d'une femme mêlée à ma propre agonie, il y avait une sensualité possible. Elle est atroce ! Entends-tu ? Je meurs dans la rage du plaisir, dans la rage de la douleur ; je n'en puis plus... »

Voilà qui donne un tout autre visage au romantisme !




Hugues Rebell (L'été c'est l'enfer 27/30)

Posté par Anne Archet le 26.06.06 à 05:36 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Hugues Rebell (Georges Grassal), Les nuits chaudes du Cap français ou le journal d’une femme créole. Paris: Fequet et Baudier, 1936 (1902)

Cette évocation sulfureuse des dernières années de la colonisation française à Saint-Domingue est fort probablement la seule œuvre d’Hugues Rebell à ne pas avoir sombré dans l’oubli. Épicurien raffiné, homme de lettres à l’érudition peu conventionnelle et collectionneur invétéré de livres précieux, d’œuvres d’art et de conquêtes féminines, Rebell se retrouve plongé vers la fin de sa vie dans une situation financière catastrophique qui le pousse à écrire une série de romans dont Les nuits chaudes du Cap français, sa dernière œuvre, constitue l’apothéose.

Le cœur de l’ouvrage prend la forme d’un journal intime d’une femme de l’élite coloniale de Saint-Domingue, la veuve Pointe sèche de Charles-Auguste Edelmann (1936)Rose Gourgeuil. Celle-ci a autrefois fait assassiner une blanche du Cap français, Madame Lafon, pour s’emparer de sa fortune. Elle a agi en complicité avec Zinga, sa chambrière noire ainsi que son amante avec qui elle partage des jeux saphiques raffinés :

« Elle étendit mes jambes, que je lui abandonnai, et son bouquet de plumes courut par tout mon corps, me causant une impression de fraîcheur voluptueuse. Elle connaît bien les faiblesses de ma chair et s'égaie à les flatter. Malgré moi, j'approchais mes seins aux caresses des plumes ou je dénudais mon ventre ou bien encore, retournée, le visage couvert de ma chevelure dénouée, honteuse à peine, je lui offrais tous les secrets de mon corps ; et, sans fin, les ailes duveteuses, d'une touche lente effleuraient ma peau ou l'irritaient d'un coup brusque, pour la calmer presque aussitôt d'un baiser lascif et attardé au creux, aux retraits frémissants de mon être. Elle choisissait comme à dessein les replis minces qui ne défendent point contre le plaisir, les caches sombres et impures dont l'unique protection est le mystère. Elle y égarait ses plumes, elle y glissait les doigts et, tombant à genoux, comme ivre, elle posait là tout à coup un baiser ardent qui répandait une glace dans mon sang enflammé, puis me soulevait et m'anéantissait de jouissance. Alors, les yeux sans lumière; brisée, prête désormais pour la douce mort du sommeil, je tendais désespérément les bras vers elle, afin de demander une grâce que je n'osais implorer de mes paroles. Mais, insensible ou impitoyable, elle éclatait de rire et continuait ses féroces dévotions. »

Toujours est-il que la fille de la victime, Antoinette Lafon, a été recueillie par Rose qui tente, en mère adoptive indigne, de la séduire et l’initier au lesbianisme. Même si Antoinette se laisse caresser docilement par sa belle-mère et son esclave, elle finit plutôt par séduire Dubouquens, un riche négociant français, qui non seulement la dépucelle mais échafaude le projet de la marier et de fuir Saint-Domingue. Mais c’est ne pas compter avec Zinga qui assassine Antoinette, séduit à son tour Dubouquens et gagne Bordeaux avec lui.

La fresque de Rebell montre une élite coloniale en pleine déliquescence morale, exclusivement préoccupée à satisfaire ses plaisirs. Parentés suspectes, inceste, sodomie, sorcellerie, flagellation, moines forniquant avec des esclaves : l’indignité des notables blancs est complète, faisant de ce tourbillon d’érotisme tropical un vortex vers l’enfer. En somme : un livre idéal pour la canicule... !




Giorgio Baffo (L’été c’est l’enfer 26/30)

Posté par Anne Archet le 25.06.06 à 16:13 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Giorgio Baffo, Poésies complètes, Traduites du dialecte Vénitien par Alcide Bonneau. Paris, Isidore Liseux, 1884.

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de Giorgio Baffo. Pourtant, vous devriez. Apollinaire l’appelait le « fameux vérolé » et le regardait « comme le plus grand pBaffo par Prattoète priapique qui ait jamais existé et en même temps comme l’un des poètes les plus lyriques du xviiie siècle ». Poète et sénateur de la République de Venise, il fut, avec Goldoni un des écrivains majeurs de la langue vénitienne. Alors comment expliquer qu’il soit si méconnu que ni le Larousse, ni l’encyclopédie Britannica, ni l’Universalis ni le Robert des noms propres ne le mentionnent ? Pourquoi un tel escamotage ?

Ma théorie à ce sujet est fort simple : c’est que son œuvre toute entière est logée à l’enseigne du con, ce qui, vous l’avouerez, n’aide pas forger une réputation littéraire sérieuse. Baffo a écrit près de huit cent sonnets et il est difficile d’en trouver un où le mot « mona » (moniche) ou un synonyme ne revienne pas plusieurs fois. Et il est tout aussi rare que « cazzo » (bite) ne se retrouve pas à côté de la « mona » et que le foutre ne se répande pas avant le dernier vers. N’importe qui peut écrire un hymne au sexe féminin, et dieu sait s’il m’est moi-même arrivé de chanter les délices de l’abricot fendu. Mais le faire des centaines de fois, sans tomber dans la monotonie soporifique ? Cela tient véritablement du miracle et donne une mesure du génie de l’auteur. Je vous en offre un, histoire de vous mettre l’eau à la bouche :


«Dialogue entre deux fillettes

- Viens ça, Tonina, écoute un mot...
Eh ! je n’en puis. - Ecoute, ma chère,
Ca me cuit, que je n'en puis plus ;
Lorsque je me branle, mon cœur se console.
- Chère, puisque tu ne veux pas autre chose, moi aussi,
Ca me picote sans cesse et ça se mouille,
Mais j'ai bien soin de me branler chaque jour,
Et spécialement quand je suis seule.
- Ah ! que sens-je ? Je ne puis plus durer !
Va-t'en au diable ! Quelle folle tu es !
Mets-moi ton doigt dans le con, je veux jouir.
- Ecoute, Anzoletta ; bien plutôt sur ma foi,
Faisons-nous enfiler un peu par quelqu'un :
L'avoir intact ou fracassé, c'est la même chose. »

Les sonnets de Baffo ne circulèrent pratiquement que sous forme manuscrite ou orale, l'auteur s'étant toujours refuser de les donner à imprimer. Ce n’est qu’en 1771, soit trois ans après sa mort qu’un premier recueil fut publié par Lord Pembroke, un de ses grands admirateurs. Pourtant, Baffo fut une célébrité en son temps ; ses poésies manuscrites couraient la ville et étaient récitées par les jeunes gens de bonne société. Il mérite encore aujourd’hui d'être connu et apprécié, car c'est un poète dans la pleine acceptation du terme. Un poète obscène, doit, mais comme l’a écrit (encore) Apollinaire « dont l'obscénité est pleine de noblesse ».

L’édition Liseux des Oeuvres érotiques de Baffo a été rééditée en deux tomes par La Musardine en 2003. Un achat incontournable pour l’été !




Raymond Queneau (L’été c’est l’enfer 25/30)

Posté par Anne Archet le 23.06.06 à 05:11 | tags : curiosa, enfer, livre érotique, loufoque
Raymond Queneau,  Les Oeuvres complètes de Sally Mara (contient On est toujours trop bon avec les femmes, le Journal intime de Sally Mara et Sally plus intime), Paris : Gallimard, 1962 

« Ce n’est pas parce que le nom d’un auteur soi-disant réel figure sur la couverture d’un livre pour qu’il soit le véritable auteur des œuvres parues précédemment sous le nom d’un auteur prétendu imaginaire. »

Comment pourrais-je ne pas adhérer à cette phrase de la préface des Œuvres complètes de Sally Mara, étant moi-même un auteur prétendu imaginaire ! Je devrais contacter cette chère Sally et fonder un syndicat...

La première partie du livre est constituée du Journal de Sally Mara, une jeune Dublinoise de dLes Oeuvres complètes de Sally Maraix-huit ans qui devient diariste après le départ de son professeur de français. La famille Mara est des plus dysfonctionnelle : son père est parti il y a dix ans acheter des allumettes, sa mère prépare des harengs au gingembre et de la tarte aux algues, son frère se saoule continuellement à la Guinness et au ouisqui sans glace avant de s'enfermer dans la cuisine pour causer avec la bonne qui soupire et sa sœur Mary étudie pour devenir demoiselle des postes. Quant à Sally, elle apprend le gaëlique auprès du barde Padraic Baohal (dont la femme peint de purs esprits) et la sexualité auprès de tout le monde, y compris des statues, des animaux et d’un jeune homme maladroit et amoureux d'elle qui par timidité deviendra quincaillier. D'une grande fraîcheur, le Journal est ponctué par l’humour et l’amour des jeux de langue de Queneau. On y retrouve aussi nombre d’allusions à la littérature érotique et même... au Général Dourakine.

La deuxième partie du livre, On est toujours trop bon avec les femmes, évoque sur le mode burlesque l’insurrection irlandaise de Pâques 1916. Sept révolutionnaires prennent d’assaut un bureau de poste, le vident de ses occupants et s’y retranchent dans le but avoué de mourir en héros. Or, une jeune anglaise royaliste nommée Gertie Girdle se trouvait au lavatories pendant l’attaque et ne veut plus en sortir. Pendant son interrogatoire, le chef des républicains déclare que le roi d’Angleterre est un con. « Mais, s’écrie Gertie boulversée, si le roi d’Angleterre tait un con, tout serait permis ! »... proposition qu’elle met évidemment en pratique, s’accouplant sauvagement avec tous les insurgés sauf un, qui est amoureux d’elle. Avant qu’elle ne soit délivrée par les soldats britanniques menés par son propre fiancé, le commodore Carthwright, la pauvre Gertie a le temps de subir tous les affronts, de toutes les manières communément admises. Le récit, tout en allusions, pourrait presque être lu par une écolière innocente sans qu’elle ne comprenne le déchaînement sexuel de cette vierge perverse parmi les révolutionnaires qui la séquestrent tant il est exprimé par d’habiles périphrases... et d’allusions subtiles à Joyce !

Parodique, loufoque, gaillard, désinvolte, cynique, polisson, Raymond Queneau en met plein la vue, en sachant être grossier sans jamais n’être vulgaire. Deux oeuvres faites de calembours et de pirouettes dans lesquelles la fantaisie règne sans partage, à déguster avec un ouisqui sans glace, évidemment.




Mouhammad al-Nafzâwî (L’été c’est l’enfer 24/30)

Posté par Anne Archet le 21.06.06 à 17:51 | tags : curiosa, enfer, livre érotique
Abou-Abdallah Mouhammad al-Nafzâwî, La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs. Traduction de René R. Khawam. Paris : Phébus, 1981.

On ne sait pas grand-chose du cheikh Nafzâwî, sinon qu’il vécut en Tunésie et qu’il composa, à la demande expresse du sultan de Tunis vers 1420 la plus célèbre des œuvres érotiques arabe. La Prairie parfumée où s'ébattent les plaisirs (al-Rawd al-'âtir fî nuzhat al-khâtir) est un manuel d’érotologie, un livre d’enseignement écrit par un homme et destiné aux hommes. La leçon peut se résumer ainsi : le plaisir masculin ne s'entend pas sans celui des femmes et Dieu n'en est pas jaloux. J'en veux pour exemple ce conseil :

La Prairie parfumée« Ne conjoins la femme qu’après avoir badiné avec elle, jusqu’à ce que son eau soit près de descendre. Ce qui permettra la réunion de son eau avec la tienne, provoquant son plaisir. Il est préférable d’agir ainsi, ton corps se trouvant plus à l’aise dans ce conditions, la saveur chez elle devenant plus exquise – et la santé de son corps y gagnant. Quand tu aura obtenu ce que tu voulais, ne te lève pas aussitôt pour la quitter. Tu te sépareras d’elle avec douceur, retirant ton instrument après qu’il a fini sa tâche. Descends sans hâte de dessus elle du côté droit. Auparavant tu lui enjoindras d’étendre ses jambes, de serrer ses cuisses sur l’instrument afin qu’il se retire bien sec, en passant par un orifice étroit. Tu le dégaineras d’elle peu à peu. Enfin elle prendra une serviette souple et l’essuiera avec précaution.

Si la femme éprouve de l’affection pour l’homme, elle embrassera son époux après la fin de l’opération, lui manifestera sa joie de le voir auprès d’elle, à cause du plaisir qu’elle aura tiré de sa rencontre avec lui. Alors l’amour que l’homme porte à la femme s’intensifiera dans son cœur. Il n’y a d’aide véritable que celle qui vient de Dieu. »

On trouve pêle-mêle, dans la Prairie parfumée, des considérations sur l’art de la séduction, une discussion sur les différentes formes et tailles des organes génitaux masculins et féminins, des conseils sur les différentes façons de « conjoindre », la liste des mets qui incitent à l’amour et surtout des contes fortement érotiques dont la liberté de ton est inconnue en Occident à la même époque et qu’on n’y retrouvera que trois cent, voire quatre cent ans plus tard. Alors que dans la chrétienté l’amour charnel, frappé par le sceau du péché originel, est considéré comme un mal nécessaire à la reproduction de l’espèce, le cheikh Nafzâwî présente la sexualité, en accord avec les paroles du prophète, comme un don de Dieu à ceux et celles qui s’aiment.

En ces temps où l’islamisme radical occupe toutes les tribunes, où de très doctes professeurs de la célèbre université sunnite d'Al-Azhar sont même allés jusqu'à décréter dans une fatwa qu’être « tout nu pendant l'acte sexuel invalide le mariage », il est plus que réjouissant de découvrir en l’Islam une voie où la copulation, qu’elle mène ou non à la procréation, est licite et même encensée !

 
De longs extraits de l’excellente traduction de la Prairie parfumée par René R. Khawam sont disponibles sur neomillenium.org.




John Cleland (L’été c’est l’enfer, 23/30)

Posté par Anne Archet le 21.06.06 à 07:14 | tags : curiosa, enfer, livre érotique, sexe

John Cleland, Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisirs. Avec une introduction et un essai bibliographique par Guillaume Apollinaire. Paris : Bibliothèque des Curieux, 1914 (1749)


Fanny Hill est sans doute le roman érotique anglais le plus célèbre. En 1749, John Cleland, fils d’un colonel écossais, est emprisonné pour dettes ; c’est donc en prison qu’il écrivit les Memoirs of a Women of Pleasure, que les francophones connaissent sous le titre de Mémoires de Fanny Hill. Cleland vendit le manuscrit au libraire Ralph Griffith pour vingt guinées, ce qui lui permit de sortir de prison. L’éditeur quant à lui retira plus de dix mille livres sterling de la vente de l’ouvrage, prouvant qu’il n’y a pas de dieu pour les écrivains... !


En France, Fanny Hill est d’abord publié en 1751 dans une « version quintessenciée » par Fanny HillFougeret de Montbron, puis dans diverses traductions dont la plus célèbre (et probablement la meilleure) est celle d’Isidore Liseux, en 1888. Ma copie personnelle de Fanny Hill, trouvée par hasard dans un lot de livres acheté à l’encan, est devenu mon porte-bonheur, un grigri qui ne me quitte jamais et qui m’a apporté des heures de bonheur... !


Le livre prend la forme de deux longues lettres où ladite Fanny Hill raconte ses souvenirs de jeunesse. Née dans un village près de Liverpool, orpheline à quinze ans, elle se rend à Londres où elle échoue chez Mrs. Brown, une tenancière de bordel. Phoebé, la sous-maîtresse, se voit confier la mission d’éveiller les sens de Fanny. Elle forme la jeune ingénue avec tant de compétence que Fanny Hill ne tarde pas à satisfaire les clients les plus difficiles de la maison, dont le jeune Charles dont elle tombe amoureuse et qui lui fait découvrir toute une gamme de plaisirs voluptueux. Fanny Hill passe ensuite au service de Mrs. Cole, qui se spécialise dans l’organisation d’orgies. Elle participe joyeusement à plusieurs de ces parties fines en compagnie de la clientèle et des pensionnaires Emily et Harriet, jusqu’à ce qu’elle ait amassé assez d’argent de ses activités vénales pour s’acheter une maison à Marylebone où elle retrouve Charles, qui l’épouse. Fanny conclut sa dernière lettre en se disant que décidément, rien ne vaut les délices de l’amour conjugal.

Le portrait que tire Cleland de la prostitution londonienne est éminemment idyllique ; Fanny Hill est dans tous les sens du terme une fille de joie, une prostituée joyeuse et consentante qui exprime ni remords ni repentir en narrant sa vie de débauche, même si elle est consciente d’avoir été exploitée. Joyeux, bon enfant, jamais vulgaire, Fanny Hill a « la saveur voluptueuse des récits que faisait Shéhérazade », comme l’a si bien dit Apollinaire.



L'édition de la Bibliothèque des curieux de Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir était jusqu'à tout récemment disponible en téléchargement sur le site ebooksgratuits.com. Malheureusement, il semble que les maisons d'édition, choquées par les multiples violations de droits d'auteur, des méchants hackers ont eu raison de ce site. Ont peut encore lire la version mise en cache par Google, mais probablement plus pour très longtemps. Heureusement, la version originale anglaise est toujours accessible !




Marcel Jouhandeau (L’été c’est l’enfer 22/30)

Posté par Anne Archet le 20.06.06 à 21:55 | tags : curiosa, enfer, livre érotique
Marcel Jouhandeau, Tirésias. Sans lieu ni maisons d’édition, 1954.
 
Marcel Jouhandeau est un écrivain guère fréquentable.

Sa réputation d'antisémite y est pour beaucoup, même s’il a par la suite renié son pamphlet des années trente intitulé Le péril juif. Mais une autre perversion vient alourdir son dossier. Dès ses jeunes années, deux passions le tourmentent : un catholicisme mystique et frénétique, et une attirance charnelle pour les hommes, vécue dans une culpabilité extrême, dans l'outrage de Dieu. Toute sa production littéraire oscille entre ces deux pôles, entre la célébration du corps masculin et celle du divin, une situation mortifère pour un catholique fervent qui le mène en 1914 au bord du suicide, après avoir brûlé ses manuscrits un élan mystique.

Bien qu’il se soit marié en 1929, à l’âge de quarante ans, en 1929, avec Élisabeth Toulemont, qui longtemps espéra le débarrasser de ses penchants, Jouhandeau finit toujours par retomber dans les bras des hommes, vivant des aventures intenses qui furent l’objet de plusieurs de ses romans. Vers soixante ans, la vie de l’auteur est bouleversée par une « expérience fabuleuse » : d’actif, il devient passif, se faisant sodomiser par de jeunes prostitués chaque jeudi. Le récit de cette conversion sodomite est au cœur de Tirésias, qu’il publie en édition confidentielle en 1954.

Jouhandeau goûte pour la première fois aux joies obscures des intromissions priapiques avec Richard, un « colosse noir au bassin nacré et opulent ». Suit Philippe, un « Antonin Artaud jeune, mais d’une bêtise de palefrenier » qui ne le prend « qu’agenouillé, mes jambes passées autour de son cou ». Vient ensuite le nain, « une espèce de petit animal velu, trapu, court sur pattes » et Pierre, qui l’épuise littéralement : « Je sors de ses bras comme s’il avait répandu sur mes membres du vitriol ». Ce déchaînement érotique plonge le narrateur dans l’angoisse : « La nuit, quand je me réveille, j’ai peur de mon corps. Je ne me sens pas encore habitué à ce qui lui arrive. Tirésias ! Tirésias ! Comment revenir en arrière ? Conjurer les suites de cette magie cérémonielle ? Me voici, après avoir toute ma vie refusé de l’être et sans l’avoir prévu, métamorphosé en femme ! »
 
Au-delà de cette obscénité, Tirésias est une œuvre d’orfèvre, où chaque description de geste est finement ciselée : « Quand ma main étreint le col de sa gourde gorgée de lait, il ferme les yeux, comme les pigeons qu’on étouffe ». Cherchant la sainteté dans la débauche, Jouhandeau ne peut distinguer ses élans religieux de ses pulsions sexuelles, en vivant les assauts de ses amants en ascète s’imposant des épreuves terribles : « La volupté me touche dans la mesure où elle ressemble à une tragédie religieuse qui met en mouvement toutes les puissances des abîmes et du Ciel. » Les voies du Seigneur ne sont donc pas aussi impénétrables qu’on l’aurait cru... !



Anaïs Nin (L'été c'est l'enfer 21/30)

Posté par Anne Archet le 20.06.06 à 13:00 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Anaïs Nin, Vénus Erotica, Paris : Stock, 1978 et Les petits oiseaux, Paris : Stock, 1980. Traductions de Béatrice Commengé.

En décembre 1940, Henry Miller apprend à Anaïs Nin qu’un collectionneur offre de leur payer des récits érotiques à un dollar la page. Se prenant au jeu, elle réunit un groupe de poètes de Greenwich Village, agissant comme la « patronne d’une maison de prostitution littéraire snob » qui avait tout d’une psychanalyse de groupe :

« Les homosexuels écrivaient comme s’ils étaient des femmes. Les timides décrivaient des orgies. Les frigides des ivresses effrénées. Les plus poétiques tombaient dans la bestialité, et les plus purs dans la perversion. »

Or, cette prostitution littéraire s’avère peu lucrative, puisque ledit collectionneur trouve les textes trop surréalistes, pas assez explicites. Lassée de cette entreprise, elle rompt avec lui, non sans lui dire ses quatre vérités :

« Cher collectionneur, nous vous détestons Vous ne savez pas ce que vous manquez avec votre examen microscopique de l’activité sexuelle à l’exclusion des autres qui sont le combustible qui l’allume. Intellectuel, imaginatif, romantique, émotionnel. Voilà ce qui donne au sexe ses textures surprenantes, ses transformations subtiles, ses éléments aphrodisiaques. »

Venus eroticaPuis, en septembre 1976, quelques mois avant sa mort, Anaïs Nin retrouve sa production érotique et décide de la publier en deux recueils, Delta of Venus et The Little Birds. Les deux ouvrages regroupent vingt huit nouvelles aux allusions autobiographiques évidentes : L’aventurier hongrois est une transposition vengeresse de son père, qu’elle décrit comme un satyre incestueux ; le sculpteur Millard est visiblement Henry Miller, avec qui la narratrice entretient des rapports sexuels contrariés par la présence de sa femme – un souvenir du triangle Anaïs-Henry-June. La sexualité y est parfois tendre, parfois profondément perverse, mais toujours onirique et magnifiée, faite de débordements de plaisir immense, infini. L’érotisme d’Anaïs Nin est intensément lyrique, se présentant comme une quête de l’orgasme paroxysmique assimilable à un paradis toujours fuyant.

Cela dit en passant, on constate à la lecture de Venus erotica qu’Anaïs Nin anticipa les fameux exercices du docteur Arnold Kegel, les décrivant explicitement plus de dix ans avant le respectable gynécologue :  

« "Je veux t’apprendre quelque chose, tu veux bien ? " dit Millard.

Il glissa un doigt en moi.

"Maintenant, je veux que tu te contractes autour de mon doigt. Il y a un muscle, tout au fond, que l’on peut faire jouer autour du pénis. Essaie."

J’essayai. Son doigt était une vraie torture. Comme il ne le remuait pas, j’essayai de bouger à l’intérieur de mon ventre, et je sentis le muscle dont il parlait s’ouvrir et se refermer autour du doigt, très faiblement au début.

Millard dit : " Oui, comme ça. Fais-le plus fort, plus fort."

Et je le fis, ouvrant, refermant, ouvrant, refermant. On aurait dit une bouche minuscule à l’intérieur, pressant ses lèvres autour du doigt. Je désirais le prendre tout entier, le sucer.

Et je continuai d’essayer.

Puis Millard me dit qu’il allait me pénétrer sans bouger et qu’il faudrait que je continue à serrer à l’intérieur. J’essayais de me coller à lui de plus en plus fort. Le mouvement m’excitait et je me sentais tout au bord de l’orgasme, mais après m’être collée à lui plusieurs fois, avalant son pénis, il se mit soudain à gémir de plaisir, poussant plus vite car il ne pouvait plus se retenir. Je me contentais de poursuivre ces contractions intérieures, et je sentis monter en moi l’orgasme, venant des profondeurs merveilleuses de mon corps, tout au fond de mon ventre. »

Alors en mémoire de cette chère Anaïs, faisons nos exercices : une, deux, une deux, une deux... !




Renée Dunan (L'été c'est l'enfer 20/30)

Posté par Anne Archet le 19.06.06 à 22:53 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Louise Dormienne (Renée Dunan). Les Caprices du sexe, ou les Audaces érotiques de Mademoiselle Louise de B... Orléans: aux dépens des Amis de la galanterie (1928).

Après Joyce Mansour, voilà une autre femme fascinante aujourd'hui injustement oubliée. Née en 1892 d’une famille bourgeoise et élevée jusqu’à l’âge de seize ans dans un couvent, Renée Dunan débute sa carrière de critique littéraire en 1919 et tient des chroniques dans de nombreuses revues socialistes et anarchistes. Elle fut à la fois et à tour de rôle dadaïste, anarchiste individualiste, pacifiste, adepte du naturisme, féministe, écrivain de grand talent et critique littéraire redoutée. Elle fut aussi l'une des toutes premières femmes qui osa publier des romans érotiques sous une pléiade de noms d’emprunt, dont Renée Caméra, Marcelle La Pompe, Spaddy, A. de Sainte-Henriette, Georges Dunan, Ky C. et Louise Dormienne, le pseudonyme sous lequel elle publia Les caprices du sexe en 1928.

Les caprices du sexeL'intrigue du roman, fort simple, est pour l’essentiel un prétexte pour enfiler les scènes érotiques, en plus de critiquer la morale sexuelle bourgeoise et surtout les exigences que cette morale impose aux femmes. Louise de Bescé, fille d’aristocrate, surprend un jour un couple de paysans faisant l’amour. Troublée, elle se confie à la maîtresse de son frère, la perverse Julia Spligarsi, qui en retour lui confie ses propres fredaines, ce qui a comme conséquence d’échauffer encore plus ses sens. Louise se donne alors au docteur de Jacques de Laize, puis est déflorée par un ouvrier maçon. Honteuse de ses actes, elle fuit la maison paternelle pour Paris où elle s’adonne joyeusement à la prostitution, ayant pris le parti de devenir « souverainement perverse ». Elle devient alors une maîtresse-femme, dans tous les sens du terme, se gaussant des hommes et de leur complexe de supériorité :

« Qu'est-ce qu'un homme? Une virilité... Mais combien faut-il de temps pour qu'une femme habile fasse de la plus fière des verges mâles...un chiffon? »

Le roman se termine avec les retrouvailles de l’héroïne avec le docteur de Laize, devenu entre temps gynécologue réputé. Toujours amoureux d'elle, il lui propose de l'épouser. Hésitante, Louise lui fait remarquer qu’elle a été « aimée par tous les bouts, ou plutôt par tous les orifices, et devant et derrière, et en haut et en bas. » Le bon docteur répond alors :

« Que m’importe. C’est l’âme que je veux en vous et le corps offert comme une âme en chair. Alors je vous aurai toute neuve… Les mains d’une femme ne sont pas déshonorées parce qu’elle aurait récuré des casseroles, ni sa bouche parce qu’elle aurait eu la nausée. »

Devant cette logique imparable, Louise accepte et se marie, devient mère et, comble de l’ironie, est nommée présidente de la « Ligue pour la chasteté avant le mariage » !  Roman au style habile et fort, rempli d’humour et d’irrévérence, Les caprices du sexe illustre parfaitement la devise de Renée Dunan : « Il faut oser, car la morale est ailleurs que là où on l'imagine. »




Joyce Mansour (L’été c’est l’enfer 19/30)

Posté par Anne Archet le 17.06.06 à 05:52 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Joyce Mansour, Prose & poésie, œuvre complète. Paris, Actes Sud, 1991

Qui se souvient de « la tubéreuse enfant du conte oriental », comme l’appelait André Breton ? Depuis sa mort en 1986, la poétesse surréaliste, qui a laissé une œuvre à la fois ludique et violente, seize recueils de poésie, des « histoires nocives » et des « contes pour hommes faits » a sombré injustement dans des limbes dont elle tarde de sortir. Ses œuvres complètes, parues chez Actes Sud en 1991, sont aujourd’hui quasi-introuvables. Il selon moi plus que temps de revenir à Joyce Mansour, panthère noire de l’érotisme, poétesse des accouplements sauvages, mon modèle et mon maître en poésie.

Joyce MansourChoisir des extraits est un exercice cruel, tant est vif mon désir de vous la faire lire intégralement. Par exemple, les poèmes de Cri (1954) chantent Eros et Thanatos, amours féminins et masculins, mêlés en une seule obsession hurlante :

J’aime tes bas qui raffermissent tes jambes
J’aime ton corset qui soutient ton corps tremblant
Tes rides tes seins ballants ton air affamé
Ta vieillesse contre mon corps tendu
Ta honte devant mes yeux qui savent tout
Tes robes qui sentent ton corps pourri
Tout ceci me venge enfin
Des hommes qui n’ont pas voulu de moi.

Quant à ceux de Rapaces (1960), ils prennent la forme d’imprécations féroces lancées aux les femmes et les hommes de sa vie :

Je veux partir sans malle pour le ciel
Mon dégoût m’étouffe car ma langue est pure
Je veux partir loin des femmes aux mains grasses
Qui caressent mes seins nus
Et qui crachent leur urine
Dans ma soupe
Je veux partir sans bruit dans la nuit
Je vais hiberner dans les brumes de l’oubli
Coiffée par un rat
Giflée par le vent
Essayant de croire aux mensonges de mon amant.

À partir de Carré blanc (1966), les poèmes de Mansour deviennent de longs monologues incantatoires, produits par des éruptions de sa sexualité volcanique. Dans Les Damnations (1966), elle se dit « possédée par le désir du désir sans fin » et se présente comme le « tourbillon de Gomorrhe ». Et dans Faire signe au machiniste (1976), ses mots se répandent comme des rafales de vent brûlant et angoissé :
 
Quel phallus sonnera le glas
Le jour où je dormirai sous un couvercle de plomb
Fondue dans ma peur
Comme l’olive dans le bocal
Il fera froid métallique et laid
Je ne ferai plus l’amour dans une baignoire émaillée
Je ne ferai plus l’amour entre parenthèses
Ni entre les lèvres javanaises d’un gazon de printemps
J’exsuderai la mort comme une moiteur amoureuse
Cernée assaillie par des visions d’octobre
Je me blottirai dans la boue

Poétesse de la révolte féminine, poétesse de chair et de feu, Joyce Mansour doit être lue et relue par quiconque veut comprendre ce qui se cache au plus profond du cœur et du sexe des femmes.

(Alors ? Je vous ai convaincus ?)




Louis Aragon (L’été c’est l’enfer 18/30)

Posté par Anne Archet le 16.06.06 à 19:03 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Albert de Routisie (Louis Aragon), Le con d’Irène. Paris, Cercle du Livre précieux, 1962 (1928)

D’Irène, Aragon nous dit qu’autour d’elle flotte « un parfum de brune, de brune heureuse, où l’idée d’autrui se dissous. » On pourrait en dire autant de ce long monologue intérieur, qui est une des partiesde La Défense de l’Infini qu’Aragon écrivit de 1923 à 1927 et qu’il brûla sous les yeux de Nancy Cunard dans une chambre d’hôtel de Madrid. Il en épargna toutefois les meilleures pages, dont celles formant le Con d’Irène et qui constituent le meilleur de sa production érotique.

Le con d'IrèneLe livre commence comme un roman, avec le rêve du narrateur et sa visite au bordel. Mais ce récit ce casse brusquement lorsque se présente l’image d’Irène, femme à jamais perdue et dont l’amour le hante. Aragon entame alors un hymne au sexe d’Irène, sur un mode se rapprochant du blason du xvie siècle, en l’inscrivant dans un vague récit se déroulant dans un ferme où se succèdent le grand-père paralytique, sa fille Victoire, lesbienne caressant les servantes et sa petite-fille Irène, qui se donne aux hommes avec férocité. Et lorsque l’un de ses amants se retire, le narrateur voit à distance son sexe béant, dont il s’émerveille : « O délicat con d’Irène ! Con d'Irène sur le site Louis Aragon Online de l'Université de Münster.




Guillaume Apollinaire (L'été c'est l'enfer 17/30)

Posté par Anne Archet le 16.06.06 à 06:23 | tags : curiosa, enfer, livre érotique
Guillaume Apollinaire, Les Onze mille verges ou les amours d'un Hospodar. Paris: Au Cercle du Livre Precieux Apollinaire : une langue alerte et précise, un fantaisie débridée, un humour vif, violent, presque surréaliste et surtout un manque de sérieux flagrant qui nous fait avaler sans broncher un récit aussi scandaleux que rocambolesque. Mony Vibescu, prince roumain et hospodar héréditaire, se rend à Paris où il espère connaître enfin des amours dignes de ce nom. Après avoir rencontré la charmante Culculine d’Ancône, il lui fit une promesse lourde de conséquences, surtout qu’il ne s’avéra pas en mesure de la respecter :

« Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même les onze mille verges me châtient si je mens ! »

Commence alors un périple qui le fait traverser l’Europe entière et le mène jusqu’à Port Arthur, où il meurt flagellé par un corps de l’armée japonaise, accomplissant ainsi sa destinée pour avoir failli à son serment. Les pérégrinations de Mony sont ponctuées de scènes où Apollinaire explore tout le catalogue des perversions avec une volonté évidente d’éclectisme, tant dans la forme (on y retrouve des dialogues, des poèmes) que dans le fond (L’ondinisme et la scatophilie se succède avec le vampirisme, la nécrophilie, la pédophilie et j’en passe…). Faisons nous plaisir et dégustons-en un extrait :

 

« Dans la rue la foule s’amassait autour du fiacre 3269 dont le cocher n’avait pas de fouet. Un sergent de ville lui demanda ce qu’il en avait fait.

Je l’ai vendu à une dame de la rue Duphot.

Allez le racheter ou je vous fous une contravention.

On y va, dit l’automédon, un Normand d’une force peu commune, et, après avoir pris des renseignements chez la concierge, il sonna au premier étage.

Alexine alla lui ouvrir à poil ; le cocher en eut un éblouissement et, comme elle se sauvait dans la chambre à coucher, il courut derrière, l’empoigna et lui mit en levrette un vit de taille respectable. Bientôt il déchargea en criant : « Tonnerre de Brest, Bordel de Dieu, Putain de salope ! » Les Onze mille verges sont disponibles en version intégrale sur Wikisource.




Boyer d’Argens (L’été c’est l’enfer 16/30)

Posté par Anne Archet le 14.06.06 à 23:58 | tags : curiosa, enfer, livre érotique

Anonyme, attribué (faussement) à Boyer d’Argens, Thérèse philosophe, ou Mémoires pour servir a l’histoire du P. Dirrag et de Mlle Eradice, avec l’Histoire de Mme Boislaurier. Paris, Briffaut, 1910 (1748)


« Il n’y a de bien et de mal moral que par rapport aux hommes, non par rapport à Dieu. » C’est à cette conclusion que mène ce classique parmi les classiques. La copie qui se trouvait dans la collection de mon papi Archet, un vrai bijou dont la préface anonyme fut rédigé par Apollinaire, porte la dédicace suivante : « À H... avec tout mon amour et mon adoration charnelle. V. » Sachant que mon grand-père se prénommait Hormidas et ma grand-mère Marie-Ange, vous comprendrez que j’ai toujours évité de montrer ce livre à ma mère !

Gravure attribuée au comte Caylus pour l'édition originale de 1748.Quant au bouquin lui-même, il se présente sous la forme d’une succession de leçons théoriques et pratiques dans l’art de l’amour de Thérèse, jeune fille sage et ignorante, qui grandit en sagesse grâce à une amie, Éradice et un religieux débauché, l’abbé Dirrag. Le discours qu’on y tient est le suivant : l’homme et la femme, étant déterminés par la nature, ne peuvent pas pécher. Et si leurs plaisirs sont innocents, à quoi bon les cacher ? Uniquement pour le pas troubler les jeunes esprits, répond Dirrag, car si on ne peut offenser Dieu, on peut certainement nuire à autrui. Thérèse met d’ailleurs cette thèse à l’épreuve en se donnant du plaisir avec un cierge béni qui fond opportunément au moment de son orgasme, ce qui constitue probablement une preuve de l’assentiment divin… !


Après avoir exposé à ces lumières sur la Métaphysique, la Religion et la Morale, Thérèse part s’instruire des usages du monde auprès de la Bois-Laurier, qui lui raconte les péripéties de sa vie de fille de joie et des goûts particuliers de sa clientèle : un mélomane qui ne peut s’accoupler sans entendre une femme chanter, une fausse note le « rendant mol » ; un évêque qui hurle quand on lui chatouille les deux « énormes vérues » ; des moines travestis ; des « Anti-physiques » qui n’ont qu’une passion, celle d’examiner les fesses à la lumière d’une bougie.



Récit d’une femme rejetant tous les conformismes de son époque, Thérèse philosophe est sans conteste le livre que j’aurais offert à mon respectable amant si j’avais eu le privilège d’être une femme libre dans le Québec des années trente. Merci de tout cœur, très chère V !


 


Thérèse philosophe est disponible en version intégrale sur le site consacré à Henri-Joseph Dulaurens.





Emmanuelle Arsan (L'été c'est l'enfer 15/30)

Posté par Anne Archet le 13.06.06 à 20:02 | tags : arts visuels, curiosa, enfer, livre érotique
Emmanuelle Arsan, Emmanuelle : la leçon d'homme et Emmanuelle : L'Anti-vierge. Paris, Losfeld, 1959 et 1960.

Emmanuelle. Ce seul prénom évoque pour le commun des mortels une kyrielle apparament sans fin de films softcore plus ou moins ringards ainsi qu’une chanson de Pierre Bachelet dont la mélodie insidieuse a le pouvoir de faire fondre la cervelle de l’auditeur le plus coriace. Mais avant de devenir un divertissement de fin de soirée pour prépubère en quête de sensations fortes, Emmanuelle fut un ouvrage à scandale et probablement l’œuvre érotique la plus connue du domaine français. Publié en deux parties par Éric Losfeld en 1959 (La leçon d’homme) et en 1960 (L’ADessin de Georges Ruseckis pour l'édition Famot (1982)nti-Vierge), l’ouvrage s’attira immédiatement les foudres des censeurs et ne connut une édition officielle et légale que neuf ans plus tard, juste à temps pour le grand débraguettage de Mai 68.

De son vrai nom Marayat Rollet-Andriane, Emmanuelle Arsan raconte dans La leçon d’homme et l’Anti-vierge la libération sexuelle d’une jeune Française allant rejoindre son mari à Bankok. Elle est guidée dans ce périple érotique par un « maître à aimer » prénommé Mario qui l’initie à sa philosophie toute particulière, qui s’apparente grandement à l’anarchisme individualiste français de la Belle Époque. Ainsi, pour ledit Mario, la sexualité est une pulsion vitale et sa répression sociale empêche l’expression de la nature profonde de l’individu. Elle est donc néfaste et est la principale, si ce n’est la seule source des comportements malsains et déviants. Emmanuelle critique ainsi l’ensemble des institutions sociales, étatiques et religieuses qui encadrent la libre expression de la sexualité humaine, en premier chef le mariage et la famille patriarcale, ainsi que la censure et l’interdiction légale des comportements sexuels ne menant pas à la procréation. On y trouve également une critique de l’hypocrisie de la morale bourgeoise, qui offre le double visage d’un discours public hystériquement puritain et de pratiques privées débauchées.

Bien plus qu’un roman érotique, Emmanuelle est une utopie, un projet social où l’individu souverain se libère de ses chaînes grâce à la sexualité. Cette utopie est toutefois bien plus étroite que celle des anars, car l’héroïne évite ou ignore les pouvoirs, les conflits politiques ou sociaux : elle a affaire à des égaux dans ses relations amoureuses et peut ainsi afficher une liberté contestatrice forte sans trop de conséquences désagréables. Il s’agit donc d’une utopie réservée aux gens bien nés, le cadre exotique du roman cachant bien mal le mépris colonial qu’entretiennent les individus libérés – occidentaux, blancs et bien nantis – envers les boys et les larbins siamois qui les entourent.

Après le naufrage général des utopies, il reste de ce roman une plume habile, à l’enthousiasme contagieux, qui donne après lecture envie d’embrasser la vie et surtout son prochain, quelque soit son sexe.




Pierre-Jean Béranger (L'été c'est l'enfer 14/30)

Posté par Anne Archet le 06.06.06 à 22:16 | tags : curiosa, enfer
Pierre-Jean Béranger, Chansons galantes (1834 et 1867).Illustration d'André Collot

En 1833, dans la préface du recueil des Chansons nouvelles et dernières, Béranger écrit : « J'ai toujours pensé que mon nom ne me survivrait pas, et que ma réputation déclinerait d'autant plus vite qu'elle a été nécessairement fort exagérée par l'intérêt de parti qui s'y est attaché. »

Signe des temps, le Béranger républicain et anticlérical, celui des chansons engagées est largement tombé dans l'oubli (et le serait peut-être définitivement n'eut été le 1829 de Murat...) alors que le Béranger paillard et coquin fait encore les délices des étudiants en goguette.

Pourtant, Béranger n’était ni ivrogne, ni libertin ; il était plutôt timide, même si son inspiration était d’abord galante et quasi pornographique. Généralement adaptées à des airs en vogue, les chansons de Béranger distillent un érotisme joyeux et bon enfant, qui dédramatise bien des pratiques condamnées par les autorités religieuses, en tout premier chef la masturbation :

Ma mère avait raison, je le vois
Notre bonheur est au bout de nos doigts

En fait, Béranger célèbre tous les plaisirs en invitant à la dépense libre de la libido. Se voulant en politique le « champion des intérêts du peuple », sa vision de l'érotisme se veut elle aussi en accord avec la morale du plaisir qu'a su engendrer  la sagesse populaire : le sexe est amusant, drôle et ne porte pas à conséquence.  À moins bien sûr de se retrouver avec une grossesse indésirée, mais pour Béranger « grâce aux enfants, curés et nourrices ont du travail », et puis il y a toujours la possibilité, pour éviter un tel risque, de « manger la sauce avec l'anguille »...

Un livre à lire en trinquant à votre santé !


Quatre chansons gallantes de Béranger sont présentées sur le site Le lesbianisme dans l'art et la littérature.



Pierre Louÿs (L'été c'est l'enfer 13/30)

Posté par Anne Archet le 05.06.06 à 19:34 | tags : curiosa, enfer
Pierre Louÿs, Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation, 1925.

« Respectez d’abord l’hypocrisie humaine que l’on appelle aussi vertu, et ne dites jamais à un monsieur devant quinze personnes “Montre-moi ta pine, tu verras ma fente.” »Illustration anonyme pour une édition de 1948 du Manuel

La production érotique de Pierre Louÿs est sans conteste la partie la plus importante, la plus achevée et aussi la plus subversive de son œuvre. Et parmi ces joyaux qu’il cisela avec soin avant de le reléguer à ses tiroirs, le Manuel de civilité pour les petites filles brille d’un éclat particulièrement étincelant.

Adoptant la forme des manuels de bienséance en vogue au tournant du siècle, Louÿs égrène sur un ton détaché ses conseils soigneusement classés et dont le message peut être résumé ainsi : tout est permis pourvu qu'on respecte les usages et qu'on y mette les formes. Le maître mot de la civilité bourgeoise est donc l’hypocrisie, un principe qui doit déterminer tous les comportements des petites filles.

Suivant cette logique, la première règle est d’éviter le scandale publique : « Le soir, quand madame votre mère vient vous border dans votre lit, attendez pour vous branler qu’elle ait quitté la chambre. ». La deuxième est d’être toujours prudente : « Ne fourrez pas un godemiché dans la bouche d’un petit bébé pour lui faire téter le lait qui reste dans les couilles de caoutchouc, quand vous n’êtes pas tout à fait sûre que votre gougnotte n’a pas la vérole. » Ensuite, il faut absolument surveiller son langage : « Ne dites pas : “Il a joui dans ma gueule et moi sur la sienne.” Dites: “Nous avons échangé quelques impressions.” » Et surtout, il faut toujours respecter l’immoralité des grandes personnes moralisatrices : « Si monsieur votre père daigne éjaculer quelquefois dans votre petite bouche, acceptez cela les yeux baissés, et comme un grand honneur dont vous n’êtes pas digne. Surtout n’allez pas ensuite vous en vanter comme une sotte à l’oreille de votre maman. »

C’est donc par l’humour et l’irrévérence que Louÿs déclare son hostilité envers l’éducation-dressage, l’hypocrisie sexuelle et la soumission totale que la société de son époque exige de la jeunesse. Ce qui fait du Manuel de civilité un œuvre... intemporelle !

Le Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation de Pierre Louÿs est disponible en téléchargement (pdf) sur le site de Cypherpress.


 




André Pieyre de Mandiargues (L'été c'est l'enfer 12/30)

Posté par Anne Archet le 04.06.06 à 06:40 | tags : curiosa, enfer

Pierre Motion (pseudonyme d’André Pieyre de Mandiargues), L’anglais décrit dans le château fermé, Paris, Gallimard, 1993 (1954)

 « Si j’ai eu des passions, dans ma vie, ce n’aura été que pour l’amour, le langage et la liberté. Malgré le désir, présent en moi toujours, d’être poli, l’exercice de ces trois passions capitales n’a pu aller, ne va pas et n'ira encore sans quelque insolence », écrivait André Pieyre de Mandiargues dans la préface qu’il signa de son vrai nom au roman qu’il écrivit lui-même sous un pseudonyme. L’anglais décrit dans le château fermé fut interdit en 1955 et valut à Régine Desforges, son éditrice, une inculpation d’outrage aux bonnes mœurs.

Gouache de Walerian BorowczykL’ouvrage raconte la dernière orgie de M. de Montcul, un anglais aussi excentrique que sadique et blasé, qui s’est retiré dans sa résidence de Gamehuche, en Côte de Vit – je suis d’accord, c’est ridicule. Dans les caves du château sont entreposées des centaines de tonnes d’explosifs et Montcul déclare dès le début du récit qu’il fera tout sauter « à la première fois qu’après avoir bandé plus capable de jeter du sperme ». S’en suit une soirée où les excès les plus invraisemblables se produisent et qui se termine, comme vous le devinez, par « l’éjaculation grandiose » du château.

Entre temps, l’anglais s’amuse, et nous avons droit à des divertissements aussi sanglants que pervers, comme le supplice de la petite Michelette, violée par des poulpes dans un aquarium puis par des molosses excités par la « poudre attire-chiens » dont l’enfant est généreusement ointe. Ont peut également lire une des rares scènes de cryophilie de la littérature érotique, alors que la jeune Edmonde est sodomisée avec un phallus de glace surdimensionné :

« Je saisis la grande pine de glace, l’assurai bien dans ma poigne ; j’appuyai le bout au centre du troufignon. Il y eut un rétrécissement immédiat, et la rosette, qui s’était épanouie pour mes lèvres, se fronça comme si l’on avait tiré sur un fil (je pensai aussi à une anémone de mer qui se ferme). Puis les fesses commencèrent à trembler, les cuisses eurent cet aspect que l’on nomme “chair de poule”. J’essayai de pénétrer en faisant tourner la pine comme un vilebrequin, mais la peau de l’anus, collée à la glace, tournait avec elle, et cela ne faisait que rétrécir le trou J’enfonçai le gland brutalement dans le calice. La patiente hurla de nouveau, son corps se tordait sur la banquette, ses reins tremblaient, je crois qu’elle souffrait horriblement ; l’anus, en tout cas, était dilaté comme je suis sûr que rarement l’avait fait un vit de nègre, jamais le plus copieux étron, et le sphincter, follement se resserrait sur mon bélier de glace. »

Excès, outrances, fascination pour l’anomalie et l’étrange, voilà le chemin emprunté par Mandiargues pour transcender la banalité du réel, en allant toujours plus loin dans l’abominable. Une lecture difficilement soutenable !




Sade (L'été c'est l'enfer 11/30)

Posté par Anne Archet le 02.06.06 à 06:44 | tags : curiosa, enfer

Donatien Alphonse François de Sade, La philosophie dans le boudoir ou les Instituteurs immoraux, Paris : Gallimard, 1976 (1795)

Mlle Anne : Tiens donc, vous vous décidez enfin de parler de Sade. J’aurais plutôt choisi l’Histoire de Juliette ou alors les 120 journées de Sodome. Vous m’étonnez, très chère...

Eau forte de Le Loup (1925)Mme Archet : Ne jouez pas les ingénues avec moi ! Vous savez comme moi que La philosophie est notre livre fétiche. Car non seulement c’est le plus accessible de la bibliographie sadienne, mais c’est aussi celui dans lequel sa pensée est le plus clairement exposée : Dieu n’existe que dans l'esprit des hommes, la Nature régit l'univers et ses composants... et puisque le sexe, l’égoïsme et la violence se retrouvent dans la Nature, qu'ils sont des manifestations de la Nature en l’homme, il ne peut y avoir de morale, puisque la Nature se situe au delà du Bien et du Mal...

Mlle Anne : Je sais, je sais... c’est d’ailleurs ce que Sade développe dans l’opuscule intitulé Français, encore un effort pour être républicains, un appel public qui s’insère comme un cheveu sur la soupe au beau milieu du bouquin. La société, avec ses règles morales et ses lois vient juguler les élans naturels de l’homme. L'ordre social basé sur les préceptes divins va à l'encontre de la Nature et n'est donc pas tolérable...

Mme Archet : Voilà d’admirables arguments matérialistes et naturalistes pour appuyer vos convictions anarchistes, ne trouvez-vous pas ?

Mlle Anne : Ne m’entraînez pas sur ce terrain, je vous en prie. En ce qui me concerne, c’est l’aspect érotique de l’ouvrage qui me trouble.

Mme Archet : Évidemment ! La philosophie se présente sous la forme de dialogues entre les aristocrates Mme de Saint-Ange, son frère le Chevalier de Saint-Ange et Dolmancé, qui s’unissent pour initier la jeune Eugénie au vice. Il suffit d’un après-midi pour que cette élève douée devienne experte es débauche... la scène finale où elle coud les grandes lèvres de sa mère pour s’assurer que le sperme de l’homme qui l’a violée lui transmette efficacement la syphilis illustre magistralement ses progrès...

Mlle Archet : Le problème, c’est que l’écriture du Marquis ne convoque que les sens de l’ouïe et de la vue ; c’est la forme du dialogue qui l’impose. Le pouvoir d’évocation érotique en est selon moi fort limité, les copulations étant décrites de façon plutôt mécanique...

Mme Archet : Allons donc ! Venez me rejoindre sur cette causeuse, relevez votre robe et écartez vos cuisses pour exposervos charmes à ma vue. Venez, que je vous pollue de la main droite et que je caresse vos seins de la main gauche pendant que vous m’offrez votre langue à mordre ! (On s’arrange.)

Mlle Anne : Ah ! Je me meurs !




Les mémoires d'une chanteuse allemande (L'été c'est l'enfer 10/30)

Posté par Anne Archet le 01.06.06 à 13:30 | tags : curiosa, enfer

Les Mémoires d'une chanteuse allemande. Traduction de Guillaume Apollinaire et de Blaise Cendrars. Paris: Tchou, 1980 (1867, 1911 pour la traduction)

« Ferry se mit à genoux derrière moi, pénétrant de la langue par-derrière, puis par-devant, m’excitant au point que j’attendis d’un instant à l’autre que ma fontaine gicle. En baissant les yeux, je vis le splendide gland rouge de sa lance semblable à un rubis au sommet d’un sceptre royal. C’en était trop pour moi ! Vénus, secondée par une autre dame, me suçait les seins, une troisième m’embrassait, faufilant sa langue entre mes lèvres, qu’elle buvait et mordait. Léonie, accroupie entre mes jambes, chatouillait ma fente à m’en faire perdre les sens ; le souffle presque coupé, je me sentais parcourue de frissons, au diaphragme, dans les hanches, les cuisses, les bras et les fesses. Le moment critique approchait ; le suc laiteux jaillit, comme de la crème fouettée, de ma grotte et remplit la bouche de Ferry, que j’entendis l’aspirer jusqu’à la dernière goutte. »


Illustration de Georges Pichard (1978)

En 1904, Guillaume Apollinaire flâne le long des rues de Strasbourg jusqu’à la boutique d'un libraire qui lui vend un exemplaire des Mémoires d'une Chanteuse allemande. L’ouvrage, qui ne mentionne ni nom d’auteur ni nom d’éditeur, l’enthousiasme à un point tel qu’il décide avec l’aide de Blaise Cendrars de le traduire et de le publier dans la Bibliothèque des Curieux, une collection qu’il dirigeait. Et c’est en effectuant des recherches sur Sade qu’il tombe sur une notice du docteur E. Duehren attribuant l’ouvrage à Wilhelmine Schroeder-Devrient, une cantatrice qui au défraya la chronique par ses mœurs dissolues et ses nombreux amants et maîtresses.

Même si cette attribution semble aujourd’hui hautement douteuse, il me plaît à croire qu’il s’agit bel et bien des confessions épistolaires d’une artiste lyrique du xixe siècle. Le ton y est à la fois franc, sincère et délicat, et la narratrice est des plus attachantes, surtout dans la première section de l’ouvrage, lorsqu'elle raconte ses premiers émois et son apprentissage de l’amour auprès de Marguerite, sa gouvernante. Les dernières lettres, qui constituent la seconde partie, narrent quant à elles la vie amoureuse de la soprano alors qu’elle parcourt les grandes capitales d’Europe en accumulant les expériences dans un crescendo déchaîné menant à tous les excès, à toutes les débordements de la chair.

Les mémoires d'une chanteuse allemande ravissent le corps et l'esprit en offrant un témoignage touchant d’une femme qui, malgré le carcan de la morale sexuelle de son époque, cherche joyeusement la jouissance et la volupté qui sont pour elle « le but de la nature ».  Le plus beau des érotiques allemands.

Les Mémoires d'une chanteuse allemande peuvent être téléchargées sur le site d'a-mateur.

 




Delvau, la suite (L'été c'est l'enfer 9/30)

Posté par Anne Archet le 01.06.06 à 02:43 | tags : curiosa, enfer
Alfred Delvau est revenu à la vie en la personne de thomasfromparis, un homme dont les connaissances vénériennes sont dignes des académiciens les plus pervers. Pour le commun des mortels, voici les définitions telles qu’on les trouve dans le Dictionnaire érotique moderne :

Avoir les talons courts
Se laisser volontiers renverser sur le dos par un homme : bander facilement pour les porte-queue.

La bataille de Jésuites
Se masturber, les jésuites ayant inventé le plaisir solitaire – après Onan.

Le cliquetage
Cliqueter une femme, la baiser, faire aller dans son vagin le membre viril comme un cliquet de moulin – avec moins de bruit cependant.

La cousine de vendange
Femme que l’on baise sur la table de certains cabarets borgnes, moyennant bouteille et quelque monnaie.

Écraser ses tomates
Avoir ses menstrues, dont la couleur est voisine germaine de la pomme d’amour.

L’oraison jaculatoire
Darder son aiguillon et lancer son sperme dans le con d’une femme, pendant qu’elle fait sa prière – sur le dos.

Faire la patte d’araignée
Passer doucement et habilement les quatre doigts et le pouce sur le membre viril d’un homme, et ses tenants et aboutissants, afin de provoquer une érection qui ne viendrait pas sans cette précaution.

Le précurseur
Le médius, qui est le saint Jean-Baptiste de la jouissance, dont le vit est le Christ.

Le tire-bouchon américain
C’est la toquade de toutes les grisettes. Elles font asseoir l’homme sur une chaise, mettent son bouchon au vent ; puis, s’asseyant à cheval sur lui en s’appuyant sur le dos de la chaise, elle se font entrer ledit bouchon dans le con tant qu’elles peuvent, tirent, se renforcent dessus, jouissent comme des carpes pâmées et s’en donnent ainsi jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait échinées.






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