Les mémoires d'une chanteuse allemande (L'été c'est l'enfer 10/30)Les Mémoires d'une chanteuse allemande. Traduction de Guillaume Apollinaire et de Blaise Cendrars. Paris: Tchou, 1980 (1867, 1911 pour la traduction) ![]() En 1904, Guillaume Apollinaire flâne le long des rues de Strasbourg jusqu’à la boutique d'un libraire qui lui vend un exemplaire des Mémoires d'une Chanteuse allemande. L’ouvrage, qui ne mentionne ni nom d’auteur ni nom d’éditeur, l’enthousiasme à un point tel qu’il décide avec l’aide de Blaise Cendrars de le traduire et de le publier dans la Bibliothèque des Curieux, une collection qu’il dirigeait. Et c’est en effectuant des recherches sur Sade qu’il tombe sur une notice du docteur E. Duehren attribuant l’ouvrage à Wilhelmine Schroeder-Devrient, une cantatrice qui au défraya la chronique par ses mœurs dissolues et ses nombreux amants et maîtresses. Même si cette attribution semble aujourd’hui hautement douteuse, il me plaît à croire qu’il s’agit bel et bien des confessions épistolaires d’une artiste lyrique du xixe siècle. Le ton y est à la fois franc, sincère et délicat, et la narratrice est des plus attachantes, surtout dans la première section de l’ouvrage, lorsqu'elle raconte ses premiers émois et son apprentissage de l’amour auprès de Marguerite, sa gouvernante. Les dernières lettres, qui constituent la seconde partie, narrent quant à elles la vie amoureuse de la soprano alors qu’elle parcourt les grandes capitales d’Europe en accumulant les expériences dans un crescendo déchaîné menant à tous les excès, à toutes les débordements de la chair. Les mémoires d'une chanteuse allemande ravissent le corps et l'esprit en offrant un témoignage touchant d’une femme qui, malgré le carcan de la morale sexuelle de son époque, cherche joyeusement la jouissance et la volupté qui sont pour elle « le but de la nature ». Le plus beau des érotiques allemands.
Commentaires
De Maïa, posté le 01.06.06 à 13:47
![]() Quand tu dis qu'il te "plaît à croire que...", est-ce que tu veux dire que le texte pourrait être d'Apollinaire lui-même ? De Anne Archet, posté le 01.06.06 à 14:56 ![]() Non, parce que la version originale allemande existe bel et bien. La traduction d'Apollinaire et de Cendrars a d'ailleurs été revue et corrigée récemment (La Musardine, 2000). De Cut, posté le 01.06.06 à 15:03 ![]() Je profite de l’extrait qui a été choisi pour illustrer cet article, pour dire, que je suis bien content de retrouver un dessin de Georges Pichard qui est pour moi un des maîtres de la bd érotique ! Ajouter un commentaire |
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