L'hétérosexualité est-elle normale ?C'est la question que pose Louis-Georges Tin, Maître de conférences à l'IUFM d'Orléans et porte-parole du Conseil représentatif des associations noires. Connu pour sa lutte contre l'homophobie, il prend aujourd'hui la problématique à revers et s'attaque à ce qu'il appelle "la culture hétérosexuelle". Née au Moyen-Age avec l'amour courtois, les preux chevaliers qui sauvent les princesses, elle a permis d'ériger l'amour de l'autre sexe en tant que modèle, sans doute dans le but de mieux perpétuer nos sociétés. Son livre L'invention de la culture hétérosexuelle ne remet pas en cause l'attirance fondamentale des hommes et des femmes, mais réussit à interroger toute la culture que nous avons bâti autour. Extrait : "Si la pratique hétérosexuelle est universelle, la culture hétérosexuelle, elle, ne l'est pas non plus. En effet, bien que la nature humaine soit évidemment hétérosexuée, ce qui permet la reproduction de l'espèce, les cultures humaines ne sont pas nécessairement hétérosexuelles, c'est-à-dire qu'elles n'accordent pas toujours de primauté symbolique au couple homme-femme et à l'amour dans les représentations culturelles, littéraires ou artistiques, comme le prouve l'examen des sociétés anciennes ou « archaïques »." Vidéo.
Il y a quand même quelques questions que je me suis posé en lisant et regardant tout ça. Ce livre a l'air de faire l'impasse sur le fait que l'amour courtois n'est pas du tout l'apanage de la culture occidentale, et que le Kamasutra, les poésies arabes ou chinoises, les tragédies grecques et romaines ont également exalté l'amour hétérosexuel, et ce bien avant le Moyen-Age pour certains textes. Finalement, depuis quand l'Occident exalte-t-il vraiment l'amour entre un homme et une femme ? Deux siècles, plus ou moins, et le mouvement romantique. Entre les mariages forcés, le statut de la femme égale à une pierre, le phallocentrisme et j'en passe, peu de place à l'amour dans tout ça, un concept de romans à l'eau de rose qui n'a pris une place d'honneur qu'au XXe siècle. Néanmoins, on félicitera l'auteur de bousculer les idées avec son livre (inspiré de The invention of heterosexuality de Jonathan Ned Katz). Et l'on pourra lire de nombreuses notules intéressantes sur le blog de l'auteur, l'Observatoire de l'hétérosexualité. Commentaires
De Phoebus , posté le 23.10.08 à 14:04
![]() On notera juste que la culture homosexuelle n'existe pas non plus, ou plutôt qu'elle est d'une invention encore plus récente que celle de l'hétérosexualité. Dans la Grèce et la Rome antique, pour ne parler que de ces deux exemples, la notion d'homosexualité n'existe pas. On parle en gros de pénétrés (hommes, femmes, enfants, esclaves) et de pénétrants. De nastymushroom, posté le 23.10.08 à 23:59 ![]() Peut être que la distinction homo hetero n'a pas de sens .... On peut parler d'une relation homo ou hetero, d'un couple home ou hetero, mais quelqu'un est par definition seul donc il n'est ni homo ni hetero ..... Enfin c'est un peu utopique ... De 2to, posté le 24.10.08 à 11:17 ![]() Sauf que la plupart des analyses du blog sont méchamment capillotractées ou "j'essaie de trouver un peu n'importe quoi pour étayer ma thèse" mais y'a pas grand chose qui tienne la route. Aucune analyse sociologique réelle ou de vraie étude mais plutôt des reflexions personnelles de l'auteur pas franchement convaincantes... De nastymushroom, posté le 24.10.08 à 19:57 ![]() Tu parle de quoi comme thèse ? il défend une certaine liberté à travers des messages qui ont pour but d'ouvrir un peu l'idée des gens, celui la est particulièrement intéressant même si dans un monde déja prafait on parlerait d'hétérophobie, la ca fait bouger les idées dans le bon sens ... Mais tu pense qu'il soutient un truc en particulier ? De catleya, posté le 05.02.09 à 17:31 ![]() Pour éclairer un peu la problématique, rien de mieux qu'un ouvrage historique, comme quoi rien n'est nouveau sous le soleil sauf les valeurs ajoutées universitaires = Patrick Cardon, Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle. La discussion sur les homosexualités dans la revue du Dr Lacassagne, Les Archives d’anthropologie criminelle (1886-1914) – autour de Marc-André Raffalovich – Orizons, 2008, collection “homosexualités” « L'inversion sexuelle [...] va devenir une des questions de l'avenir ». Marc-André Raffalovich (1896) De 1886 à 1914 paraissent les Archives d'anthropologie criminelle qui veulent révolutionner la notion de criminalité (école française de Lacassagne contre école italienne de Lombroso). Les débats sur l'homosexualité y sont particulièrement importants. Tout en donnant un aperçu sur la conception typiquement fin-de-siècle de cette sensibilité, ils mettent en avant la personnalité toute littéraire de Marc-André Raffalovich qui tenta de devenir le Magnus Hirschfeld français. Patrick Cardon, docteur ès-Lettres et diplômé de Sciences Politiques présente ici un travail qu’il a actualisé depuis plus de vingt ans et qui a inspiré l’édition de nombreux textes précieux pour l’histoire culturelle des homosexualités au sein de GayKitschCamp.com (QuestionDeGenre/GKC) La collection « homosexualités » répond à un besoin d’accessibilité rapide aux documents et études nécessaires à l’élaboration actuelle de l’histoire culturelle – pluridisciplinaire – dite LGBTQI (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, queer et intersexe). Ce sera la continuation de la bibliothèque tentée par Michel Foucault. Et dans son esprit. Ajouter un commentaire |
Discussions en cours sur le forum sexe :
|