C'est la petite tendance du moment depuis qu'un certain überprésident a déclamé un discours qui restera dans les annales de L'Encyclopédie du petit réactionnaire. Mai 68, c'est quoi au juste, et ça a apporté quoi au fond ? Tous ces hippies qui fumaient des joints en prônant l'amour libre, ces féministes qui jetaient leurs soutien-gorges au feu, ce capitalisme effrené s'emparant du sexe comme d'une marchandise afin de promouvoir sex-shops et films pornos, comme si le plaisir pouvait s'acheter ? A quoi bon ?
En fait, toutes ces interrogations me viennent de la lecture de cet article de Libé, malheureusement trop court. Où deux intellectuels, Pascal Bruckner et Eric Fassin, exposent leur vision de la libération des moeurs. Pour le premier, le droit au plaisir revendiqué par les femmes et les minorités a conduit à enrichir l'amour d'une portée charnelle qui ne le rend que plus beau. Aujourd'hui menacée par le réveil des fondamentalismes, le voile, la polygamie et tout le reste, Pascal Bruckner rejoint finalement Nicolas Sarkozy, même s'il marque sa différence.
Eric Fassin, lui, développe un point de vue plus original (normal, c'est un sociologue) : la révolution sexuelle n'a pas eu lieu, puisque les regards portés sur la sexualité (l'un permissif, l'autre restrictif) n'ont pas changé. Or, la société actuelle demande une vision plus pragmatique des enjeux socio-sexuels, au nom de la démocratie.
Alors, finalement, lequel a raison, lequel a tort ? Je dirais Eric Fassin, sur le fond. Même
s'il est très difficile de porter un regard rétrospectif sur une période que l'on a soi-même vécu, aussi intello soit-on. Même si notre société s'interroge encore et cherche le modèle qui lui convient. Il me semble, à entendre ce qu'on dit sur la France d'aujourd'hui, qu'elle a baigné dans le stupre et la fornication pendant trente ans, avant d'avoir la gueule de bois et les remords du lendemain.
Certains en profiteront donc pour tirer à bout portant sur un événement magnifique, une révolte étudiante, tentant d'expliquer par là tous les maux de la société dans laquelle nous vivons. Pourtant, mai 68 reste mai 68, une simple révolte. Comme si l'on avait le droit d'accuser la Commune de Paris d'avoir provoqué la Première guerre mondiale. En clair, laisser la tentation conservatrice sarkozienne l'emporter, c'est un peu avouer sa faiblesse face aux interrogations que la France doit affronter. Ne pas reconnaître les égarements d'une période un peu trop permissive, c'est baigner dans une nostalgie qui n'a pas lieu d'être en politique. Donc, avant de donner des leçons de morale ou de conclure sur "la libération des mœurs reste la plus belle aventure de ma génération", tentons de voir, aujourd'hui, ce que la société a besoin d'accomplir pour enfin en finir avec ce débat vain.
C'était le "point de vue du mois". En octobre : faut-il, oui ou non, autoriser les godes dans les salles d'attente des sexologues ?
De Lil', posté le 14.09.07 à 12:53 
Mwé connaissant le parcours sexuel Bruckner (dont il a fait état publiquement), j'apporterais des reserves sur sa definition de réelle révolution sexuelle, qui est très subjective.
En tout cas le titre résume bien le discours des 2 intervenants : (...)oui et alors?
Passez moi l'expression, mais c'est de la branlette de mamouth. Faut vraiment être obtu pour ne pas voir le gap entre 68 et les années 50 par exemple, et mai 2002 au pif.
Maintenant, c'est comme en politique, c'est qu'est ce qu'on en a fait. Bah, on a tout cradouillé c'est tout.
De Dahlia, posté le 14.09.07 à 16:49
J'ajouterai concerant Bruckner qu'on peut lire deux livres essentiels même si un peu datés concernant sa vision de la sexualité:
Lunes de fiel
Le nouveau désordre amoureux (en collaboration avec Alain Finkelkraut)
C'est un auteur que j'aime beaucoup à la base mais depuis qu'il est ouvertement sarkozyste et a balancé de sacrées aneries sur tout un tas de sujets... je suis circonspecte.
De Tchou, posté le 14.09.07 à 19:42 
Le problème, c'est que l'auteur de l'article oublie certaines implications essentielles de mai 68, qui est très loin d'être une simple révolte, mais reste plutôt le point de cristallisation de certains courants de pensée. Lire "Le nouvel esprit du capitalisme" de Boltanski, pour sortir de la thématique du libéralisme des moeures qui a tendance à obscurcir notre vision de l'époque.
De Tchou, posté le 14.09.07 à 19:48 
(lire "moeurs", et pas "moeures" ! :D