A la Villette jusqu'au 13 octobre puis en tournée
Nightshade, c'est la rencontre de l'art et du sexe. Des strip-teaseurs professionnels dirigés par des chorégraphes de renom, plus habitués aux danseurs et à l'univers du spectacle vivant. L'idée est originale, le résultat est tout à fait réussi. En sept tableaux, sept performances, Nightshade revoit le strip-tease sous la grande lorgnette de l’art contemporain. Passage en revue d'un nu pas comme les autres.
Sept chorégraphes contre sept strip-teaseurs ? Le monde de l'art et le monde du sexe se rencontrent dans le spectacle Nighshade, à la Grande Halle de la Villette jusqu'au 13 octobre, pour une performance qui, a priori, semble insurmontable. Tirer d'un show jugé vulgaire, dépassé ou censurable une véritable oeuvre d'art théâtral pouvait être un défi risqué. Pourtant, professionnels de l'art et professionnels de l’art de l’effeuillage se rencontrent et fusionnent pour un exercice de style inédit. Le chorégraphe Drik Pauwels et les créateurs du collectif Victoria conçoivent un ensemble plutôt homogène et unit des artistes aussi différents et singuliers qu'Alain Platel, Caterina Sagna ou Johanne Saunier. Le résultat ? De l'esthétisme, un peu de burlesque, une rencontre avec le spectateur et, au milieu de la sensualité de corps dénudés, le déshabillage de l’art.
Strip 1 : Le mystère du strip-tease
Une faible lumière se projette sur la scène tandis que le quintette d'instruments à vent s'installe sur les deux côtés. Le rythme lancinant de la musique, répétitive, suit la lente ascension de la fumée, révélée par les lueurs rouges, vertes qui envahissent le sol. La danseuse apparaît seule, couchée sur scène. Elle ne quittera pas cette position, la gageure de cette performance étant de conserver la position horizontale. Elle fend les couleurs à mesure que la musique prend une allure plus triste. Sa jupe noire cache une poitrine qui se révélera opulente au salut final. Elle enlève chaque vêtement en vitesse, presque avec pudeur. C'est pourtant une magnifique sirène qui disparaît de la scène, volée aux yeux des spectateurs. Eric de Volder crée ici une chorégraphie lente et soignée, pleine d'une beauté mystérieuse, inviolée.
- Réussite : 18/20
Strip 2 : L'insolite burlesque
Elle arrive sur scène telle une poule, dans un plumage de ballons multicolores. Son monologue sans fin et maladroit fait rire la salle. Delphine Clairet est sûrement une strip-teaseuse qui ne passe pas inaperçue : « J'arrête le blah blah, à poil et puis voilà ! ». Sauf que le blah blah ne s'arrête pas. Et d'encenser la libération sexuelle de notre époque, le droit au plaisir de chacun, en même temps qu'explosent les ballons et que tombe la robe de soirée ainsi que le boa. Découvrant ainsi un corset en léopard qui n'est pas sans évoquer une Lili la Tigresse bien en chair.
Ce spectacle décalé et drôle, en hommage au burlesque américain, s'achève sur une toilette soignée qui n'est pas sans évoquer une scène d'intérieur à la Degas.
- Réussite : 16/20
Strip 3 : La cérémonie
Un énorme cadre doré rococo, en médaillon, trône sur le fond de la scène. D'obscures représentations bleutées sont projetées au fond, tandis qu'une musique mystique s'élève, accompagnée de didjeridoos et de sombres instruments à vent.
La danseuse apparaît au fond de ce tableau mystique et se fond presque au décor. Ses mouvements de biche, brefs et saccadés évoquent un appel à l'aide, tandis que des cris s'élèvent en fond. Ce tableau de chasse effrayant s'achève néanmoins sur une vision magique : les fesses de cette Diane chassée s'élèvent et redescendent au coeur de l'icône. La « lune » fait toujours l'objet d'un culte ardent, un culte qui a sans aucun doute inspiré cette mise en scène magique et kitsch de Claudia Triozzi.
- Réussite : 17/20
Strip 4 : L'essence du strip-tease (façon David Lynch)
Dans le strip tease, tout est question de cadre, et de gestion du timing. La chorégraphie d'Alain Platel se met vite en place grâce à la musique suave et langoureuse, sur le thème de Je t'aime, moi non plus de Serge Gainsbourg.
Le rideau noir s'ouvre sur fond rouge écarlate, tandis qu'apparaît une femme fatale longiligne, droit sortie d’un film de David Lynch. Elle évolue ensuite sur un tempo au ralenti, presque inquiétant. Le rideau grandit et rétrécit, suivant chacun des déplacements de cette Rita Hayworth neurasthénique et sophistiquée, qui semble plus en cacher au fur et à mesure qu'elle se déshabille. L'esthétique fétichiste fait de cette chorégraphie l'essence même du strip-tease. La scène finit sur un petit carré ouvert aux seuls talons rouges de la dame. La petite culotte noire tombe comme un point final, tandis qu’est projeté sur l’écran noir du rideau un Grand Masturbateur.
- Réussite : 18/20
Strip 5 : Souffrance et impudeur
Un spot blanc, aveuglant. La jeune fille, qu’un Monsieur Loyal est allée tirer au hasard dans le public, se retrouve seule sur scène, perdue. Un son puissant, éraillé comme une machine cassée, couvre son incertitude. Elle essaye de trouver quelque échappatoire mais tout semble aller contre elle. Même les rideaux l'étouffent, la suivent et la prennent en tenaille. Elle tombe, la tête prise par cette main invisible tandis que son corps de fillette est ceint dans le halo d’une torche.
Caterina Sagna ne veut pas laisser le strip tease indemne. La chorégraphe pousse la danseuse dans ses derniers retranchements et révèle la violence de l'impudeur. Couchée sur scène, la strip-teaseuse laisse voir sa culotte sous la jupe, enlève ses socquettes blanche à pois rouges, donnant précisément à voir ce qu'un voyeur veut toujours épier. La fillette finit nue, presque trépassée.
- Réussite : 15/20
Strip 6 : Le déshabillé rhabillé
Le fond est bleu vif, la scène est sombre. Lorsque le seul strip-teaseur masculin (pléonasme de rigueur) du spectacle apparaît, il est surveillé par un autre homme qui, dans un écran, le fixe de son regard bleu. La scène est déroutante : le strip-teaseur mime son show, pourtant il ne porte qu'un slip. Jouant avec ses muscles, il suit mais dirige aussi le rythme des sons étranges qui l'entourent. L'envoûtement de la musique le prend. Il se rhabille, se déshabille. Pour finalement se retrouver nu, et partir avec le sourire. Une mise en scène qui manque d'intérêt, c'est certain.
- Réussite : 11/20
Strip 7 : La folle séduction
Elle déboule sur scène, se lance dans un monologue plein de reproches adressé à un homme (aux hommes ?) apostrophé(s) au hasard dans la salle. Le rapport au public s'impose sans détour, tandis qu'un écran géant au fond de la scène diffuse les images d'un homme paumé. La danseuse évoque les rapports de séduction, reproche aux hommes leur vulgarité, leur manque d'amour. Avant de se lancer dans une danse endiablée, perruque blonde platine sur la tête, vêtements de cuir. L'homme dans l'écran la harcèle, lui lance des fleurs, avant de finir dans les choux. Montrant combien le chorégraphe Wim Vandekeybus a l'esprit déjanté de cette mise en scène ultrakitsch et rock à la fois.
- Réussite : 13/20
Nighshade , à la Grande Halle de la Villette
Jusqu'au 13 octobre 2007 puis en tournée en France.
7 numéro de strip-teases chorégraphiés par Eric de Volder, Vera Mantero, Claudia Triozzi, Alain Platel, Caterina Sagna, Johanne Saunier, Wim Vandekeybus...
[illustrations : Photos Phile Deprez. Courtesy Villettte]
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