La seconde Vie de Second Life est l’espace des possibles. On peut être n’importe qui, ou n’importe quoi, les seules limites étant notre imagination ou nos moyens. On nous laisse l’opportunité d’être son propre patron, à travers un capitalisme ultra-libéral et ultra-agressif. C’est un monde ouvert où tout s’achète et se monnaye, s’échange et se négocie. Plus qu’une expérience sociale, Second Life est un supermarché chaotique où certains voudraient un peu d’amour palliatif entre deux rayonnages. Un coït sur le pouce avec un autre avatar adulte et consentant. Pour tous ceux-là qui veulent tout savoir sans jamais avoir osé le demander, Flu est parti forniquer. Pour la bonne cause.

Lorsque l’on débarque dans Second Life, ce qui nous frappe le plus, c’est l’immensité du territoire à explorer. Paradoxalement, la population présente et active sur le serveur est bien moindre que ne le laisse suggérer la place disponible. Comptons 30.000 partenaires potentiels. Il faut se dire que l’espace utilisé sert surtout pour aligner les devantures de magasins sans aucun vendeur, vides de clients et regorgeant de marchandises étranges. Si vous n’aviez jamais eu l’occasion de draguer pendant vos heures d’inventaire nocturne chez Champion ou dans la remise à matériel du Micromania, voilà enfin l’occasion d’allier sordide et fantasmes.

Au-delà de toutes ces échoppes désertes, les lieux destinés à l’assouvissement de la sexualité virtuelle sont souvent noirs de monde. Ou plutôt rose, ou couleur chair. A vous de juger. Pour trouver ce type de lieu, il suffit de connaître le seul mot anglais utile. SEX. On le tape dans le moteur de recherche de Second Life, dans la catégorie "lieux" sans oublier de cocher la petite case "Mature", laissant ainsi apparaître les résultats concernant les adultes responsables et probablement affamés.
Une fois que l’on a noté les noms de crémeries les plus éxotiques ou en phase avec nos fantasmes, on se doit d’avoir de glisser dans sa poche quelques billets. Notre marche vers le coït ne fait que commencer.

Une évidence qui nous échappe, car nous sommes tous livrés de série avec toutes les pièces attachés, c’est que dans Second Life, les avatars sont dénués de parties génitales. Les zones concernées chez la femme comme chez l’homme sont vierges. Ni forme ni texture ne vient égayer les pubis. C’est pour cela que de nombreux magasins vendent en pagaille des pénis fournis avec bourses, disponibles à plusieurs stades de l’érection et sensibles aux interactions extérieures. L’équipement des demoiselles se constitue souvent d’une texture appropriée pour le vagin, ainsi que de zones interactives posées sur les seins et le bas-ventre.

Techniquement, ce sont des globes qui réagissent au "toucher" de la souris quand on clique dessus, tout comme le font les pénis en vente. On s’émerveille devant la diversité des modélisations, allant du tube avec deux sphères, aux réalisations plus complexes avec textures précises et formes réalistes. Quand on a choisi son équipement, il nous suffit de l’équiper sur le pelvis. Il se placera de lui-même. Pour les demoiselles, pensez à ajuster votre poitrine.
Aussi étrange que cela puisse paraître, les zones sensibles de la femme sont cachées et celle des hommes sont visibles à partir du moment où le sexe est positionné. C’est à l’image de la réalité, à la différence près que nous ne sommes pas obligé de chercher dans un sac à dos pour retrouve un testicule perdu.

Maintenant que nous avons l’armement, il nous faut les munitions. Les avatars de Second Life peuvent se soumettre à des animations venant de l’extérieur, d’un objet ou d’un autre avatar. Quand on s’assoit sur une chaise, la position assise en est une. Certains objets nous demandent la permission, d’autres pas. En règle générale, les interactions de personnage à personnage sont consenties. On peut voir ainsi des gens se déplacer l’un sur le dos de l’autre, ou se tenir par la main. Comme on peut le remarquer pour certains sièges et sofas, il suffit de "s’asseoir" sur la sphère d’action qui est posée dessus pour que l’avatar prenne position.
Ce système est le même pour les relations sexuelles de Second Life. Les positions et animations à deux se composent d’une sphère que vous équipez, et d’une autre que vous portez en lévitation à proximité. Il faut alors que le partenaire décide de s’asseoir sur votre sphère et accepte de "subir" l’animation. Il y a plus simple et moins voyant qu’une boule de couleur qui flotte devant le pubis. On peut aussi acheter des packs d’animations, qui, une fois équipés et sollicités par le chat, vont directement s’adresser au partenaire pour lui proposer de partager l’action.

Beaucoup de conditions, et encore, nous ne parlons là que de la technique.

Il vous faut maintenant trouver un ou une partenaire. La vieille école vous conseillera d’aller dans les bars ou les boîtes de nuit, de porter des habits qui vous rendent séduisants. Vous ferez en sorte de vous créer un avatar assez aguicheur au look étudié qui retiendra l’attention des autres avatars en présence. A l’image de la vraie vie véritable, les plus visibles sont les plus vus. Vous avez beau avoir une très vilaine peau et une dentition digne des tranchées de Verdun dans le monde réel, sur Second Life, vous pouvez briller. Cela nécessite un investissement, certes, mais les résultats sont là. N’oubliez pas non plus que la drague ne change pas, les "Ton père c’est un voleur... " et "slu t bel on nik" n’auront aucun succès. Ca vous semblera étrange, mais une bonne orthographe et une approche toute en finesse font les 2/3 du travail.

Pour ceux qui préfèrent se passer de la séduction et passer directement à l’acte, il y a de nombreuses boîtes à partouzes, donjons SM et lieux de fantasmes où des travailleuses du sexe attendent le client 24/7. En y mettant le prix, on peut tout avoir, y compris vivre la "girlfriend expérience" qu’offrent les escorts de luxe, en vous accompagnant en public et faisant croire aux autres que vous avez une véritable liaison, alors qu’en vérité le compteur tourne. On peut aussi obtenir une relation sexuelle directe ou payer avant pour discuter et s’échauffer les hormones. Certaines pros ont même un book de captures d’écrans coquines de leur avatar, dans des poses suggestives. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de s’équiper en positions avec les prostituées de SL. Posséder le Kâma-Sûtra dans leur inventaire fait partie de leur métier.
Il suffit de demander. Domination, soumission, toutes perversions, mais aussi les grands classiques. On discute généralement avant les interactions du prix des prestations et de ce qui va se dérouler, du lieu et de la durée. Exactement comme on le ferait avec ces très gentilles dames de la rue St Denis. On beau l’avoir transposé dans le virtuel, le plus vieux métier du monde conserve ses habitudes.

La sexualité sur Second Life est donc entièrement basée sur le fantasme. Le fantasme d’un soi idéalisé ou transfiguré, dont on peut changer le physique et le genre. C’est par là même le fantasme d’un autre dont on ne sait rien, qui peut nous griser ou nous dégoûter par la suite.
Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais la plupart des prostitués, tous sexes confondus, sont en fait des hommes qui ont tout compris à l’économie de l'alter-monde. Sans le savoir, vous vous êtes fait beau, avez sorti le grand jeu pour finalement vivre à votre corps défendant du cybersexe homosexuel. C’est un peu l’équivalent de la "tranny surprise" qui désarçonne les clients étourdis, de retour du bois de Boulogne.

A vous de voir, donc, si toutes les conditions et tous les protocoles en vigueur dans Second Life valent la peine d’être suivis, pendant plusieurs heures, avant d’enfin céder à ses pulsions virtuelles. Des actes mis en scène pour un orgasme solitaire à la force du poignet ou du sextoy. Tendresse non comprise.

Ceci dit, à Flu, on a un scoop pour vous. Ces demoiselles qui attendent le bus pendant des heures, une fois la nuit tombée, n’attendent pas vraiment le bus. Demandez un prix pour voir et vous comprendrez.
Avant de vous (re)connecter sur Second Life, vous vous poserez peut-être la question du virtuel, du réel et de l’intensité des ressentis. Vous vous demanderez si tout cela en vaut la peine, pour atteindre quelques instants la partie peut-être la plus animale de vous-même.
Il vous reste toute la liberté d'évoluer en voyeur et d'épier les autres dans leurs ébats. Mais vous avez déjà Internet pour ça, n'est-ce pas ?

Dorénavant, vous virtual-copulerez en votre âme et conscience, grâce à nous. Peut-être même en pensant à nous.
Personnellement, j’ai choisi. Je crois que je vais prendre le bus.

Rémi Vermont



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Sur le Web :
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