Alors que l'Allemagne et l'Espagne avoue sans peine l'utilisation de plus en plus décomplexée des vibros, la France joue toujours les mères-la-pudeur. La commercialisation massive de jouets sexuels accompagnée d'une campagne de communication ad-hoc va t'elle changer la donne et bouleverser la sexualité de nos contemporains ?


- Réunion Tupper sur les forums : Les sex toys au banc d'essai

Il est certain que l'apparition du préservatifs dans les rayons des pharmacies et des drugstores, à partir des années 1920, 1930, 1940, dans les pays anglo-saxons et plus tardivement, chez nous dans les années 60, n'est pas pour rien dans l'émancipation de générations d'adolescents. Un bond en avant dans la recherche du plaisir qui devait faire boule de neige. A partir des années 50 et bien après, il était courant pour les frères et sœurs cadets, de subtiliser les capotes de leurs aînés pour aller s'éclater illicitement en soirée ou à l'arrière des voitures. Aujourd'hui, avec l'apparition des micros-vibreurs commercialisés avec un préservatifs par Durex ou Manix, il est devenu facile - même si peu hygiénique dirait-on, mais là n'est pas la question - d'emprunter le gadget sexuel de son aîné(e), et de s'éclater avec - en couple ou tout(e) seul(e). Une démocratisation du plaisir (solitaire ou non) d'autant évidente qu'elle est télévisuelle ! Des publicités diffusées durant tout l'été 2006 vantant en effet, les mérites de ce produit. Alors, les micro-vibreurs : démocratisation du sextoy pour tous, nouveau coup marketing ou les deux ? Quelle incidence sur notre sexualité ? Et l'évolution des mœurs ?

La petite histoire du préservatif
Dés l'Antiquité, les soldats se protégeaient en utilisant les fameux "boyaux de moutons", anecdote que beaucoup prirent pour une légende urbaine, mais qui est basée sur des faits réels si l'on en croit les découvertes archéologiques.
Le premier véritable préservatif, c'est à dire un accessoire véritablement créer pour protéger son utilisateur des maladies et des grossesses indésirables, est produit en Chine, à partir de papier huilé. Autant dire qu'il fallait modérer ses ardeurs.
Tout au long du siècle des Lumières, il est tour à tour interdit (religion et politique nataliste obligent), malgré son utilisation intensive par l'armée durant ses conquêtes, puis de nouveau autorisé - grâce aux libertins dont il est l'accessoire favori - en 1843. D'abord fabriqué en caoutchouc, on lui préfère le latex à partir des années 60. En France, il est interdit depuis les années 20 mais connaît un franc succès aux Etats-Unis. C'est la révolution sexuelle qui le remet sur le devant de la scène, même si la jeunesse d'alors s'en sert beaucoup moins que la pilule contraceptive (oubliant, par là même, l'utilité de son utilisation contre les maladies vénériennes). Pourtant, toute publicité ou communication autour de la "capote" est bel et bien interdite jusqu'en 1987 (alors que le SIDA est actif depuis plus de 5 ans !). Un fait particulièrement notable aujourd'hui, où l'apparition télévisée d'un vibromasseur à heure de grande écoute, semble laisser tout le monde indifférent.

Le sexe, c'est marrant, mais ça doit rester secret.
On le voit pourtant, l'utilisation d'un moyen de contraception aussi simple et anti-érotique que le préservatif fut un sujet longtemps controversé. Pour des raisons religieuses, mais aussi en suivant la législation des pays militant plus ou moins en faveur de la natalité (après guerre, les citoyens sont largement encouragés à avoir des enfants.) Dans ce cas, qu'en est-il des gadgets sexuels ?
Tout d'abord, la religion confortant l'idée selon laquelle l'activité sexuelle ne doit être engagée que dans un besoin de procréation, toute pratique considérée comme "déviante" doit être surveillée, interdite et punie. On imagine alors la place que les relations homosexuelles, le sado-masochisme et l'utilisation de vibromasseurs ont pu avoir, pendant longtemps, dans l'esprit des gens.
Cantonné à la pornographie, le sex-toy est avant tout considéré comme un signe de perversité, plutôt que comme un outils d'affranchissement des mœurs et de l'intimité.

La petite histoire du Vibromasseur.
Tout comme l'utilisation de moyen de contraception et de protection de fortune, l'image de phallus et de vulves sont des représentations très courantes, et ce, dés l'Antiquité. Certains sont réalisés dans des buts thérapeutiques, magiques ou médicaux, d'autres comme objets de plaisirs. On peut le voir sur de nombreuses fresques (entre autre, et c'est désormais très largement connu, à Pompeï), ainsi qu'au sein des collections antiques du monde entier.
Le siècle des Lumières, encore lui, n'est pas avare en gadgets sexuels de toutes sortes et le godemiché, en corne, en cuire ou en bois précieux fait parti de la "boite à outils" de tout libertin qui se respecte.
Longtemps cachée et tabou, l'utilisation de ces objets destinés à se faire du bien connaît une curieuse renaissance dans les années 60, particulièrement sur les campus américains où les boules de geishas vont même jusqu'à décorer de manière provocatrice le cou de certaines jeunes femmes (et jeunes hommes) en mal d'émancipation. Mais cela reste encore discret, au point que de nombreux observateurs y verront des colliers orientaux (dont la mode sera d'ailleurs ironiquement lancée...). Pendant ce temps, l'industrie du X se diversifie et réalise un fantasme vieux comme L'Eve Futur de Villier de L'Isle Adam : la copulation mécanique. C'est l'arrivé du vibromasseur.
Jusque là, majoritairement utilisé dans la pornographie hardcore, le gadget sexuel et particulièrement le vibromasseur font leur entrée dans la vie de tous les jours par le biais de catalogues de vente par correspondance spécialisés, envoyés "sous plis discret". Mais cela aussi va changer.

De La Redoute au rayon des supermarchés.
Au milieu des permissives - mais toujours hypocrites - années 80, le catalogue des 3 Suisses entame une petite révolution en proposant un coffret de vibromasseurs, supposément destinés à raffermir la peau du visage sous couvert de "massage faciaux". On en rit encore.
Pourtant, par le biais d'un tour de passe-passe sémantique des plus rigolos, ce fameux pourvoyeur de bien de consommation à l'usage de madame et monsieur tout le monde, va révolutionner la sexualité de la ménagère de plus - ou moins - de 50 ans. Alors qu'auparavant, il fallait se rendre dans un sex-shop ou acheter un magazine pour accéder à ces plaisirs inédits, les 3 Suisses permettaient enfin une totale discrétion. Rapidement, sont principal concurrent La Redoute, s'engouffre dans la brèche. Avec l'arrivée d'Internet, l'accès au vibromasseur devient de plus en plus facile. Pourtant, une fois encore ce sont nos voisins anglo-saxons (allemand, anglais et américains) qui osent, là où les pays latins se montrent, du moins officiellement, curieusement réticents. Et puis finalement, sous la pression conjugué de la pornographie omniprésente (sur les chaînes câblées et internet) et des maladies sexuellement transmissibles, tout s'accélère. A l'automne 2002, des magasins de lingerie comme ceux de Sonia Rykiel, exposent des vibromasseurs en vitrine. En 2004, un magazines féminin offre à ses lectrices un mini-vibro, désireux de leur faire découvrir les joies de l'onanisme mécanique. Durant l'été 2006, une campagne de publicité télévisée fait curieusement peu de bruit. Il s'agit des premières apparitions d'un vibromasseur en public (et grand public), celui du Durex Play, de Durex, vendu avec un préservatif, nervuré, sous couvert de contraception.

La mini-révolution pour un maxi-plaisir.
Si vous avez lu cet article de bout en bout, vous vous rendez certainement compte de l'importance de cet événement. Bien sûr, durant toutes les années 90 et surtout au début du 21ième siècle, les médias, les sociologues, sexologues et en général de nombreuses personnes exerçant des spécialités se terminant en "logue", s'accordent pour déclarer que la découverte personnelle de sa sexualité est indispensable à l'épanouissement de l'individu. Surtout de l'individu de sexe féminin, insiste d'ailleurs le marketing. De fait, le vibromasseur et le godemiché sont devenus l'emblème absolu du féminisme, mais ils s'exposent aussi dans les galerie d'art contemporain, décorent les pages web, font l'objet de maintes plaisanteries, en un mot, passent de l'obscurité du tabou à la lumière. De ces évolutions, naissent des notions auparavant considérées comme totalement insensées et dorénavant acceptées par tous :

  1. la masturbation, longtemps considérée comme un mal absolu devient banale et même, dans la plupart des cas, préconisée.
  2. Les pratiques jusqu'alors considérées comme faisant partie du domaine de la pornographie, s'émancipent et s'imposent dans la vie sexuelle de Mr. et Me. tout le monde.
  3. l'usage du vibromasseur devient branché. C'est une preuve de dynamisme, d'ouverture d'esprit et même, si l'on tient compte de la publicité Durex, devient le signe de reconnaissance de ceux qui n'ont pas peur de pimenter leur intimité.

Une vraie mini-révolution quand on pense au chemin qu'a dut parcourir le simple préservatif pour se faire accepter.

Maxence Grugier



Sur Flu :
- Voir les fils sextoy, gode, capote, design, gadget, sur le blog sexe.
- Voir la chronique Richesse et pauvreté au pays des sextoys
- Réunion Tupper sur les forums : Les sex toys au banc d'essai

Sur le Web :
- Dossier Objects sexuels : les sextoys et Masturbation : éloge de la masturbation



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