Ian Fleming l'imaginait geisha, maîtresse des caresses tantriques comme de la sauce béarnaise. Les productions EON, gardiennes de la saga ciné, l'auront décliné playmate gonflable voire gonflante à l'usage du plus grand nombre. La James Bond Girl synthétiserait tous les fantasmes collectifs suggérés par un vagin, plus efficacement que la page centrale de Playboy. Et James dans tout ça ? Ca tient en sept mots : une banale paire de testicules en smoking. Très freudien...
La maman...
Ca n'est pas 007 qui remettrait le complexe d'Œdipe en cause. Symboliquement, son personnage est introduit par Sylvia Trench (Eunice Glayson) dans James Bond contre Dr No. C'est en effet de cette James Bond Girl originelle que l'espion plagie la formule désormais classique «My name is Bond». Le personnage, jugé trop sage et prévenant par Albert Broccoli, est supprimé des rushs de Goldfinger. Le producteur de la saga ne renie pas la nécessité d'une relation stable pour notre agent mais exige des rapports plus ambigus. Mission confiée dans les épisodes suivants à Miss Moneypenny, secrétaire constamment aux petits soins avec Jimmy, attention derrière laquelle se cache une tension sexuelle frustrante au possible pour le spectateur. Moneypenny, atout de charme récurrent, se retrouve pourtant éclipsée, suite au changement de sexe de M (dès GoldenEye, Judi Dench reprend le rôle autrefois masculin du boss du MI6). Pas de queue entre les jambes en ce qui la concerne mais sans nul doute la femme à laquelle Bond tient le plus : ne lui demeure-t-il pas fidèle alors qu'elle l'abandonne à une mort certaine, aux mains des Nord-Coréens, dans Meurs un autre jour ?
... et la putain
C'est une dominante dans les James Bond : tout ce qui descend d'Eve a des chances de se retourner contre vous. Après tout, on n'a jamais fait meilleur que la bible comme scénarii. Qu'elle s'appelle Fiona Volpe (Opération Tonnerre), Tiffany Case (Les diamants sont éternels) ou Xenia Onatopp (GoldenEye), la James Bond Girl passe du statut de complice à celui de parjure en un battement de cils. Tellement instable qu'elle peut même trahir son propre camp à l'instar de Case (Jill St John) qui, tombée amoureuse de Bond, se retourne contre son employeur Ernst Stavro Blofeld. Un côté Judas qui justifie la misogynie de 007. Rappelons que ce dernier est berné depuis Casino Royale - le roman - à la fin duquel il enterre sa première félonne. Son épitaphe sera concis : «the bitch is dead now».
Like a virgin
Dans James Bond contre Dr No, Honey Ryder sort de l'eau en bikini blanc. Une Vénus vierge qui va instaurer le mythe des James Bond Girls. Quatre décennies plus tard, Halle Berry / Jinx (Meurs un autre jour) réitérera d'ailleurs la scène en hommage à Ursula Andress. Cette chasteté, pourtant, n'est que façade : Honey révèlera à son chevalier servant qu'elle fut violée par son tuteur à la mort de ses parents, tuteur dont elle se débarrassera à l'aide d'une tarentule. A l'affiche de Vivre et laisser mourir, 007, lui-même, déflorera une Jane Seymour qui le hait. Autre nymphe pervertie, Jill Masterson (Shirley Eaton dans Goldfinger) assouvit le fétichisme du milliardaire maniaque Auric Goldfinger. Elle est la première James Bond Girl à perdre la vie, suffoquant après que son bourreau l'ait enduit de peinture dorée.
Ma soubrette bien-aimée
Assistantes totalement dévouées à 007, Mary Goodnight (L'homme au pistolet d'or) comme Penelope Smallbone (Octopussy) s'avèrent les James Bond Girls les plus fidèles à l'esprit de Ian Fleming. Sorte de Moneypenny bis, elles se veulent prudes autant que pensives à l'idée de finir la nuit avec Bond. A l'instar du modèle original, celui-ci leur préférera toutefois des femmes plus fatales. Goodnight alias Britt Eckland ira jusqu'à espionner les ébats de James avec sa rivale Andrea Anders (Maud Adams). Au petit matin, l'espion lui lâchera un rustre «votre tour viendra, je le promets».
Bourgeoise pour gentilhomme
S'il ne s'est jamais laissé corrompre, Bond ne se trouve pas pour autant insensible à tout ce qui brille. Toujours chic et glamour, la James Bond Girl paraît perdre tout sex-appeal en même temps qu'elle se dénude de ses apparats clinquants. Cupide, James ? Il se laisse en tout cas passer la corde au cou par la comtesse Teresa Di Vicenzo (Diana Rigg) dans Au service secret de Sa Majesté. Un trait de caractère que la fille de Broccoli - héritière des droits d'adaptation depuis GoldenEye - tend à gommer. L'espion échange volontiers la bague au doigt par des envies de meurtre sur notre Sophie Marceau nationale campant la légataire d'un richissime pétrolier et une bimbo de la haute au générique du bien-intitulé Le Monde ne suffit pas.
La femme des autres
«Vous n'êtes pas mariée, j'espère ?» Un brin anxieux, Roger Moore abandonne sa dernière conquête en introduction de Vivre et laisser mourir. C'est qu'il est habitué à servir de roue de secours pour épouses délaissées notre double zéro. Ses maîtresses ont par ailleurs la mauvaise habitude de fricoter avec les méchants à l'instar de Domino (la Miss France 1958 Claudine Auger), maîtresse du bad guy d'Opération Tonnerre, Octopussy (toujours Maud Adams), Mata Hari du cynique Kamal Khan, voire Paris Carver (Teri Hatcher), ex passion amoureuse reconvertie en première dame d'un magnat mégalo dans Demain ne meurt jamais. Le talon d'Achille de James serait-il les liaisons adultérines ?
Chiennes me gardent
Malgré une fonction d'objet sexuel non dissimulé, les James Bond Girls peuvent recéler quelques pépites de féministes aguerries. Bras droit de Goldfinger, Pussy Galore (Honor Blackman) est également à la tête d'un gang de motardes lesbiennes. Elle méprise Bond et ce qu'il représente, ce qui ne l'empêchera pas de tomber dans les filets de notre agent. Idem, Melina Havelock (Carole Bouquet dans Rien que pour vos yeux) gagnera le lit de 007 mais saura assouvir ses desseins indépendamment. Une femme et une seule résistera à James Bond : la bodybuildée Grace Jones / May Day (Dangereusement vôtre) sous les biceps desquels Moore a bien failli trépasser.
Ma mie, myself and I
Ursula Andress a beau représenter le mythe, Barbara Bach (Madame Ringo Starr !) et Halle Berry sont considérés comme les deux James Bond Girls les plus explosives de la mythologie. Logique puisqu'elles incarnent les alter ego de 007. Là encore, on sent la marque de Barbara Broccoli oeuvrant pour la féminisation de la série. Reste que nos agents fait Eve ont bien du mal à se singulariser, leur apparition se résumant à renvoyer des reflets sexy de l'espion. Plus égocentrique, tu meurs !
James Bond est-il gay ?
Daniel Craig a, tout au long du tournage de Casino Royale, laissé circuler des rumeurs selon lesquelles une relation homo-érotique se nouait entre James Bond et son acolyte Felix Leiter (Jeffrey Wright). On se souvient que dans Permis de tuer, 007 fut plus affecté par les mutilations subies par son ami américain que par le décès tragique de sa propre épouse quelques épisodes plus tôt. Une orientation sexuelle qui aurait probablement fait sourire Ian Fleming, lui qui fantasmait sa création impuissante. Casino Royale, prologue au passage de Jimmy chez les double zéro, est réputée pour sa douloureuse séquence de castration. Mais à quoi donc joua alors notre étalon pendant 44 ans ? Ca, seule une James Bond Girl saurait y répondre...

[illustrations : © Gaumont Columbia Tristar Films]
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